Notre outil de lutte contre le dérèglement climatique

Départ de la Marche Climat en Barnekalde, le 21 septembre 2019, depuis le barrage du moulin de Berrhoko.
Départ de la Marche Climat en Barnekalde, le 21 septembre 2019, depuis le barrage du moulin de Berrhoko.

Propriétaire et responsable technique d’une unité hydroélectrique à Banca, Xavier Cabillon est aussi la 3è génération d’une famille de pisciculteurs, ayant créé les premières piscicultures en Espagne et celle de Bidarray en 1932, et, aussi, pionnière en méthodologie de reproduction des salmonidés. Dans le cadre des mobilisations climat du samedi 21 septembre, il a présenté deux moulins entre Saint-Martin d’Arrossa et Saint-Etienne-de- Baigorry qui produisent l’équivalent de la consommation électrique annuelle de plus de 1000 personnes. Il répond aux questions d’Enbata sur l’enjeu que représente pour la transition écologique le patrimoine des barrages et moulins des rivières d’Iparralde.

Qu’est-ce que la petite hydro-électricité en Iparralde ?

La petite hydroélectricité résulte principalement de l’adaptation de nos moulins à eau, à “usage unique” (minoterie, scierie, fonderie…), devenant un outil produisant de l’énergie électrique, nécessaires aux “besoins contemporains”, assurant le développement économique et sociétal d’un territoire. Ce réseau énergétique est distribué à domicile, et son entretien participe aux retombées économiques locales.

La production d’énergie hydroélectrique permet de développer une énergie renouvelable. Elle résulte de la transformation de la force de l’eau (chute par débit d’eau) en électricité. Cette opération ne consomme pas d’eau, ne la pollue pas, n’altère pas ses qualités physico-chimiques et est renouvelable par le phénomène naturel du cycle de l’eau (évaporation en mer, condensation en montagne, pluies alimentant les cours d’eau, lesquels se jettent à l’océan).

La production hydroélectrique en Iparralde est donc issue d’une pratique ancestrale et multiséculaire —entre 200 et 600 ans— de l’utilisation de la force de l’eau par des moulins, dont l’inventaire réalisé en 1810 répertoriait 3.002 moulins à eau dans les “Basses Pyrénées”, 45% en Iparralde environ (département le plus équipé). L’essor de l’équipement de nos moulins hydroélectriques date des années 1960 et fut stoppé net par la mise en place des premières centrales nucléaires en 1970.

Quelle est la philosophie qui anime votre métier ?

Notre motivation vient d’une part du fait que nous perpétuons ainsi, de manière tangible, le souvenir d’un passé en Iparralde au même titre que nos monuments (frontons, églises…). Ces moulins, qui existaient dans chaque village, méritent donc d’être mis en valeur et être sauvegardés. D’autre part, nous savons que nos outils vont contribuer à la transition énergétique en Iparralde. Actuellement, la plus grande consommation d’électricité en Iparralde se fait, sous forme non renouvelable (pétrole, uranium, etc.) émettant des gaz à effet de serre, l’utilisation de ces énergies produisent des déchets non recyclables et nous soumettent à une dépendance de la matière première.

A cela s’ajoute, la concentration des grosses unités de production électrique principalement nucléaire dans l’hexagone, parc vieillissant, engendrant des coûts d’acheminement et des pertes en ligne importants pour nous alimenter. Par contre, nos moulins n’émettant pas de gaz à effet de serre, sont souvent à proximité des lieux de consommation et restent les plus performants, constants, prévisibles en matière de production.

Qu’est-ce qui limite le développement de l’hydro-électricité en Iparralde ?

Le frein principal réside au niveau de l’autorité administrative préfectorale (DDTM, DREAL, AFB) et de certaines associations (Fédération de pêche de Pau, SEPANSO) qui opposent systématiquement la préservation des poissons de rivière, au maintien de nos outils luttant contre le dérèglement climatique. Pourtant, les moulins multiséculaires (entre 200 et 600 ans) ne peuvent être responsables de la disparition récente de salmonidés (30 ans). Si bien que nous assistons sur notre territoire à des opérations répressives et d’intimidations administratives, obligeant soit au propriétaire une démolition de son seuil pour assurer la continuité écologique (la montaison et la dévalaison des poissons sur un seuil), sans garantie d’un gain écologique et sanitaire. Ou bien à “étrangler” le propriétaire par la mise en place (par arrêtés préfectoraux) de lourds et coûteux travaux d’aménagement pour la continuité écologique ou l’entretien. Concrètement 90% des producteurs d’énergies hydroélectriques en Iparralde sont en conflit avec les services administratifs.

Le moulin Berrhoko, à Saint-Martin-d’Arrossa couvre, avec 350 kW/h, les besoins électriques annuels de 600 personnes.
Le moulin Berrhoko, à Saint-Martin-d’Arrossa couvre, avec 350 kW/h, les besoins électriques annuels de 600 personnes.

Pourtant, les disparitions des seuils organisés par la Fédération de Pêche Paloise et la DDTM 64 à Baigorri, ne résoudra pas la disparition des migrateurs présentant des problèmes sanitaires graves au retour de leur migration. Au contraire, les seuils peuvent assurer une barrière sanitaire de notre faune halieutique autochtone (truites, vairons, écrevisses) en bloquant le risque pandémique et invasif (écrevisse de Louisiane, goujon asiatique), contracté par les vecteurs migratoires. En effet, ce principe naturel a le double avantage, d’assurer à la fois une sélection génétique saine des poissons qui passent les seuils, pendant les fortes eaux, car les seuils deviennent accessibles pour la montaison, assurant ainsi une sélection génétique, tandis que parallèlement, les espèces invasives se voient refouler vers l’aval.

Ce cycle existe naturellement, par exemple sur le Bastan à Bidarray (gorge du pont d’Enfer de 6 mètres de haut) dont maintenant, nous pouvons témoigner d’une souche dense et saine de truites “Fario” forgée dans le temps, grâce à ce seuil naturel qui demeure une barrière sanitaire.

En résumé, cette continuité écologique imposée par l’administration a un effet pernicieux car, malgré l’aspect positif de l’ouverture du bassin versant à tous les poissons, la question de la responsabilité des problèmes pandémiques et des espèces invasives à cause de ce couloir, n’a pas été étudiée.

Problèmes sanitaires affectant à la fois notre environnement, l’économie locale de la pêche mais aussi des élevages piscicoles !

Quelles sont les pistes d’avenir pour cette source d’énergie renouvelable du territoire ?

Nous avons donc un challenge important pour l’avenir de notre Communauté d’Agglomération du Pays Basque en matière de lutte contre le dérèglement climatique mais aussi pour notre autonomie énergétique. Pour cela, la CAPB s’est engagée dans un projet ambitieux : le Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET) dont la feuille de route vise à développer le mix énergétique renouvelable sur notre territoire.

Parallèlement aux méthodes administratives contestables, certains élus ont, dès à présent, adhéré au soutien de préservation et du développement du potentiel hydroélectrique en Iparralde et de responsabilisation de l’administration sur ses “freins” conduisant à une situation d’appauvrissement de ce gisement d’énergie renouvelable sur notre territoire.

Il est urgent de réfléchir à une stratégie en matière de lutte contre le réchauffement climatique par une approche de bon sens organisée principalement par les citoyens et élus du territoire. Il en dépend de notre avenir culturel, économique et de santé publique.

Pour cela commençons par lever les freins administratifs !

Quelques chiffres concernant Iparralde
La production d’énergie hydroélectrique pour le canton Garazi-Baigorri représente 19% de la consommation de ce territoire (source TEPOS : territoire à énergie positive). L’estimation de production d’énergie hydroélectrique en Soule couvre environ 80 % de ses besoins. Environ 20 producteurs d’hydro-électricité (avec EDF et SHEM) regroupés en syndicat et association (France hydro, SDOHE, Ibai errekak —assos pour le développement de la petite hydro). 99 moulins répertoriés : une analyse du potentiel que tout cela représente est en cours par la CAPB.

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