
L’élection d’Alain Iriart à la présidence de la CAPB marque un tournant. Une nouvelle mandature s’ouvre, entre attentes de renouveau, défis de gouvernance et équilibres territoriaux délicats.
Le Conseil communautaire du 11 avril dernier a marqué un tournant pour la Communauté d’Agglomération Pays Basque (CAPB). Pour la première fois depuis sa création, l’élection à la présidence s’est jouée entre plusieurs candidatures, incarnant des visions distinctes du devenir de l’institution. L’annonce publique de la candidature d’Alain Iriart avant le scrutin a contraint ses concurrents à sortir du bois pour exposer leurs orientations politiques et leurs méthodes de gouvernance. Cette ouverture du débat au-delà de la seule sphère institutionnelle, bien que modeste, constitue en soi un progrès démocratique pour une institution souvent critiquée pour son fonctionnement jugé opaque et éloigné des citoyen·nes.
Une majorité d’élu·es a exprimé le souhait d’un renouvellement à la tête de la CAPB. Alain Iriart succède ainsi au Président sortant, Jean- René Etchegaray. La question de la gouvernance, omniprésente durant cette courte campagne, s’impose comme la clé de voûte de la nouvelle mandature. Plus largement, c’est du devenir de l’institution dont il est question.
La composition de l’exécutif, un exercice d’équilibriste
Pour répondre à ce défi, le Président doit s’en remettre au Pacte de gouvernance, document fixant les règles du jeu de la CAPB. L’une des nouveautés de ce pacte était l’obligation pour chaque pôle de désigner un nombre de candidat·es à l’exécutif supérieur au nombre de postes disponibles. Une disposition pensée pour offrir au Président une plus grande latitude dans la composition de son équipe, tout en garantissant une représentation de chaque pôle au prorata de son poids démographique.
Le choix des personnes à sélectionner dans le Conseil exécutif place donc le Président dans une position délicate : celle de devoir concilier les différentes sensibilités politiques, tenter de garantir une parité dans la répartition des postes, veiller à une juste représentation des 10 pôles dans l’organigramme tout en visant une efficacité opérationnelle au regard des missions confiées. L’exercice relève de l’équilibrisme.
Parité: encore un rendez-vous manqué
Malgré la volonté du Pacte de mettre en place une parité dans les différentes instances, le constat est accablant. Le Conseil exécutif compte 11 femmes sur 35 membres, dont seulement 5 vice-présidentes. Il y a une progression dans les différentes instances, mais elle reste insuffisante au regard de l’ambition affichée.
Cette situation met en lumière les limites d’un pacte reposant sur des engagements politiques, sans contrainte juridique réelle. La CAPB, comme toutes les intercommunalités, demeure sou- mise aux règles du Code général des collectivités territoriales, qui ne prévoient pas la parité obligatoire du fait du mode de scrutin. Dès lors, la volonté politique devient déterminante. Alain Iriart, en bout de chaîne, aura donc dû composer avec des pôles ayant majoritairement proposé des candidatures masculines. La parité n’aurait été réelle au Conseil exécutif que si elle avait été érigée en priorité absolue par son Président.
Diversité et culture du consensus
Bien que l’élection d’Alain Iriart à la tête de la CAPB constitue une avancée majeure pour la crédibilité des abertzale de gauche, elle ne peut pas être perçue comme un “grand soir” par sa famille politique. Et pour cause, quoiqu’il advienne, l’ensemble des sensibilités présentes devront travailler de concert pour servir l’intérêt communautaire. Le Président, en bon chef d’orchestre, devra se porter garant de cette cohésion. Le nouvel exécutif reflète donc cette diversité politique et territoriale. On peut constater que les élu·es abertzale de gauche renforcent leur influence en augmentant leur re- présentation. En dehors de ce fait, il n’y a pas de bouleversement avec un tiers des membres de lʼexécutif qui étaient déjà présent·es lors du précédent exercice. À noter la présence de 6 élu·es siégeant aussi dans la majorité départementale, dont Anne-Marie Bruthé, 1ère vice-présidente de la CAPB et binôme de Jean-Jacques Lasserre au Parlement de Navarre.
Des délégations encore en attente
Au moment dʼécrire ces lignes, la distribution des délégations n’a pas encore été finalisée. Ce choix, à la discrétion du Président, déterminera les champs d’action de chacun·e, les priorités de la mandature et les marges de manœuvre des différents courants. L’organigramme définitif donnera un premier signal sur la capacité du Président à tenir ses engagements en matière de gouvernance, ses velléités d’évolution institutionnelle et sur la complémentarité entre élu·es.
Entre aspiration au changement et contrainte structurelle, entre attente citoyenne et inertie institutionnelle, la CAPB entre dans une nouvelle phase de croissance. Nous suivrons dans les prochaines semaines la direction qu’elle empruntera et les élu·es qui en seront les fers de lance.
