
Les grands ensembles sont bien souvent considérés, en particulier par leurs gestionnaires, sous leurs seuls aspects technique et financier. C’est oublier toute l’importance de leur dimension humaine et sociale, telle que les habitants du Grand Basque à Baiona, accompagnés par Alda, veulent la vivre au quotidien.
Sur une de ses façades aveugles, la fresque Marinella se voit de loin. L’artiste italien Pancho l’a peinte en 2018, dans le cadre du festival “Points de Vue”. Le quartier du Grand Basque à Baiona se compose de 249 logements et pourtant on voit parfois plus la fresque que le bâtiment lui- même. Le Grand Basque, ce sont neuf bâtiments desservis par trois allées, chacune entourée d’espaces verts. “On aime beaucoup ce quartier parce qu’il est très bucolique” raconte Elizabeth, une de ses habitantes. Elle évoque la forêt puis le petit chemin qui borde les bâtiments par l’arrière. C’est essentiellement sur ce parcours que se promènent les chiens et leurs maîtres. Mais on ne s’y arrête pas, et pour cause, il n’y a pas de bancs. Les seuls bancs du quartier sont au niveau des placettes à l’entrée des bâtiments. Mais on ne s’y assoit pas pour discuter non plus, ils sont éloignés les uns des autres et pas en vis-à-vis.
Faire quartier
Pour autant, les locataires du Grand Basque ne manquent pas d’idées pour créer du lien dans le quartier. En avril 2024, une quarantaine d’habitants se sont réunis lors d’une assemblée avec la volonté de renforcer les solidarités et de porter collectivement les enjeux du quartier. Depuis, de nombreux événements rythment l’année.
“En avril 2024, une quarantaine d’habitants se sont réunis lors d’une assemblée avec la volonté de renforcer les solidarités et de porter collectivement les enjeux du quartier. Depuis, de nombreux événements rythment l’année.”
En premier lieu, les halls d’immeubles accueillent régulièrement des goûters ou des apéritifs. C’est en bas de chez soi, ce sont nos voisins les plus proches que l’on y croise. Une nouvelle qui a emménagé, un changement de saison, tout est prétexte à organiser ces retrouvailles pour mieux se connaître et partager un moment. Du fait que les logements soient tous accessibles pour les personnes à mobilité réduite grâce aux ascenseurs dans chaque bâtiment, le quartier du Grand Basque accueille plus facilement que d’autres quartiers les personnes âgées. Ces moments conviviaux organisés au pied des immeubles permettent aux locataires de créer du lien et de rompre l’isolement social dans lequel il est parfois facile de s’enfermer.
Entre les immeubles
Les locataires reprennent possession des espaces creux, creux parce qu’ils sont vides et entre les immeubles. Ce sont des endroits de passage sans être vraiment appropriables, des espaces en attente peut-être. Alors des manifestations ponctuelles viennent s’y installer. Le collectif Mieux Vivre au Grand Basque avec Alda a déjà organisé des événements tels qu’un vide-grenier, ou des rassemblements pour des occasions comme les fêtes de fin d’année ou la fête des voisins. Ces espaces de proximité, souvent lieux peu intéressants pour les bailleurs sociaux, sont des lieux structurants pour la vie du quartier : lieux de rassemblement et d’échanges, créant un vivre-ensemble issu d’une appropriation collective de l’espace qui existe entre nos bâtiments.
Un quartier sans maison commune
Et puis il y a la tente qui s’est installée dans le quartier. C’est l’une des appropriations des espaces creux les plus significatives pour ce quartier. C’est sous une toile de tente que le collectif organise mensuellement une permanence pour écouter, conseiller et accompagner les voisins dans leurs démarches administratives, leurs problèmes de logement ou leurs questions du quotidien. Si l’herbe offre un cadre agréable pour planter une tente, ce n’est certainement pas par goût du plein air que le collectif y tient ses permanences. Depuis deux ans, le collectif Mieux vivre au Grand Basque demande un local dans le quartier afin de pouvoir accueillir les locataires dignement et disposer d’un espace pour s’organiser. Cette revendication bénéficie pourtant d’un soutien massif des habitants. Malgré cette mobilisation et les demandes répétées adressées à Habitat Sud Atlantic (HSA), le bailleur n’a pas apporté de solution à cette demande légitime.
“Depuis deux ans, le collectif Mieux vivre au Grand Basque demande un local dans le quartier afin de pouvoir accueillir les locataires dignement et disposer d’un espace pour s’organiser.”
Les transformations commencent ici par de petits gestes. Au Grand Basque, des habitants réinventent peu à peu les espaces qui les entourent. Reste désormais à savoir si les institutions sauront reconnaître et accompagner cette énergie collective.
