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La chronique de Peio Etcheverry-Ainchart dans le numéro d’Enbata du 27 septembre, m’a inspiré la réponse suivante.
Il écrit: «Ce sujet —Mariage homosexuel et homoparentalité— les abertzale n’en parlent guère, et, en tout cas, ils ne sont pas très audibles. Il est vrai que le contexte socio-culturel du Pays Basque n’y aide pas beaucoup, tellement il reste celui d’un conservatisme, voire d’un archaïsme pesant…». Il lui semble que tout naturellement les abertzale sont favorables au mariage homosexuel alors que le sujet suscite un légitime débat; on peut donc ne pas y être favorable selon le point de vue de chacun. C’est mon cas sans que je me considère comme un ringard. Peio pense que, probablement, nous nous trouvons devant une grande avancée sociétale alors qu’on peut avoir le sentiment inverse.
Il met cette supposée résistance de la société basque sur le compte de «la fidélité aveugle à une orthodoxie catholique…». Il y a belle lurette que la population basque n’est plus dans cette obéissance aveugle à l’autorité de l’Eglise et que la réaction des gens dans le Limousin par exemple, déchristianisée depuis des siècles, est peu différente de celle du Pays Basque.
Il pense aussi que les abertzale devraient s’engager —dans son esprit bien entendu favorablement— Il croit que ceux qui s’expriment sont surtout ceux qui sont opposés à la future loi alors que j’en ai le sentiment inverse. Je dois être probablement le premier à exprimer dans Enbata une opinion défavorable à la future loi.
Ayant moi-même des amis homosexuels, je connais assez bien les difficultés qu’ils doivent affronter et aussi quelques souffrances intérieures liées à leur condition. Ils craignent avant tout l’homophobie qui, elle, doit être combattue avec la plus grande fermeté. Je constate aussi que parmi eux, certains y sont hostiles.
Comment parler simplement d’un sujet si complexe? Sous les coups du libéralisme et de l’individualisme, de nouveaux codes culturels sont en train de s’imposer dans les sociétés occidentales en rapide mutation.
Je ne cache que, d’où je m’exprime, —car on s’exprime toujours de quelque part— c’est, pour le dire vite, d’un point de vue de l’anthropologie chrétienne.
Un très petit rappel historique s’impose.
Dans les sociétés anciennes (500 ans avant Jésus-Christ et je ne me limite qu’à l’Occident) l’homosexualité était courante et les plus grands philosophes avaient leurs amants comme Socrate avait Alcibiade.
Dans le Judaïsme, si l’homosexualité est bannie, d’où les expressions comme «la sodomie», la polygamie a été la norme longtemps, pour, petit à petit, être à son tour interdite. Ceux qui ont été au catéchisme, se souviennent peut-être que Abraham (le père commun au trois religions du livre) avait au moins trois femmes et que le bon roi Salomon en avait 700 et trois cent concubines —Ouf, le pauvre!—.
Plus tard, le christianisme la condamnera à son tour mais en mettant en avant le mariage monogame dans sa dimension sacrée et mystique. Notons que Jésus ne dit rien de l’homosexualité mais il a sacralisé la relation homme/femme. Dans les faits, la monogamie mettra plusieurs siècles à s’imposer.
Avec la réforme grégorienne des XIe et XIIe siècles, dans le long bras de fer qui opposera la Papauté au Saint Empire romain germanique, avec l’apparition d’un espace laïc différent de celui des clercs, l’Eglise créera un nouveau sacrement, celui du mariage. Ce qui veut dire que, jusqu’alors, c’est le concubinage qui prévalait comme aujourd’hui d’ailleurs. N’oublions pas que 52% des enfants naissent hors mariage.
Au Pays Basque dans bien des régions, très longtemps, le concubinage était la règle. Venait ensuite le mariage et souvent à cette occasion se réglaient les problèmes de succession.
A la Révolution française, en 1792, est créé «le Mariage civil». Il prendra le pas sur le mariage religieux. Rappelons que se marier d’abord à l’Eglise est un délit.
Comme je l’ai entendu dire récemment par un journaliste du Nouvel Observateur, et plus récemment par Bachelot, aujourd’hui le mariage civil évolue vers une forme de contrat. Quand la loi sera votée, ce ne sera pas un homme et une femme mais deux personnes qui se marieront. A la mairie, c’est au nom de la Loi qu’on est déclaré marié.
A l’Eglise, c’est au nom de Dieu qu’on est marié. C’est un engagement définitif de loyauté et d’assistance jusqu’à la mort d’un des deux époux. Donc, mieux vaut ne pas se tromper! Chez les orthodoxes, connaissant la faiblesse humaine, on a droit à un joker, on peut se tromper une fois!, chez certaines églises protestantes… plusieurs fois, chez d’autres le mariage homosexuel est reconnu (église luthérienne de Suède)! Enfin, chez les Mormons fondamentalistes la polygamie est acceptée.
Bref, par ce survol historique, je voulais simplement insister sur le fait que le mariage se décline de nombreuses façons et rappeler que «notre» (en France) mariage civil a été jusqu’à aujourd’hui une copie du mariage religieux. Il avait trouvé un certain équilibre et un fort consensus dans la société.
Pour avoir une réelle légitimité, le mariage homosexuel mériterait d’être validé par un référendum (comme le Traité budgétaire européen d’ailleurs).
Mais chez nous on devrait plutôt s’étonner qu’en 2012 encore, une bonne partie de la population d’Irun et de Fontarabie s’oppose à ce que des femmes défilent lors de la San Martial et que la police doive intervenir pour les protéger. Et moi, d’être consterné pour ne pas dire plus, que l’Eglise ne reconnaisse pas encore pleinement la place des femmes dans l’Eglise.
Faute de place, Je n’aborde pas ici les problèmes de l’homoparentalité qui soulève d’au-tres difficultés bien plus graves.
Dans notre monde déboussolé et en perte de repères, des avancées scientifiques en bioéthique permettront de créer des situations iné-dites mais pas forcément éthiques, comme par exemple, une femme peut assouvir son désir d’enfant par la fécondation in vitro dans une clinique de Donostia.
Bref, cher Peio, il existe d’autres points de vue sur l’homosexualité et l’homoparentalité tout à fait légitimes portés aussi par des abertzale de gauche (j’en connais plusieurs). Sachant qu’au Sud, le pas est déjà franchi, enfin quand le Pays Basque sera indépendant —certes, ce n’est pas pour demain!— on pourrait proposer une Loi:
Que le mariage civil comme au Canada s’appelle «Union civile – Itun/Hitzarmen zibila».
Que le mot «Mariage —Ezkontza—» soit réservé aux mariages religieux de toutes obédiences.
Que le mariage religieux ait valeur d’Union civile sur le plan administratif comme il l’est par exemple en Ecosse.
Mais au Pays Basque comme partout ailleurs, derrière tout cela, existent d’autres enjeux bien subtils et bien mystérieux. Comprenne qui pourra…
Gabriel Oyharzabal

Je suis pour la Charte européenne
des langues régionales et j’ai voté Mélenchon!

Chers amis,
J’ai été surpris par la «Lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon» de Jean-Michel Bedaxagar (Enbata n°2241, 23 août). Quand on écrit une lettre ouverte à un homme politique, c’est pour prendre l’opinion à témoin et obtenir quelque chose de lui. Là, il s’agit uniquement de dénonciations. L’auteur attaque les positions de Mélenchon hostiles aux lan-gues régionales, mais aussi celles en faveur de la République sociale («démagogie la plus fantaisiste» dit J-M. Bedaxagar). Il se moque de sa tentative courageuse et anti-carriériste de battre Marine Le Pen dans sa circonscription.
Abonné de longue date à Enbata, français comme d’autres sont basques ou bretons, marxiste donc internationaliste donc pro-abertzale, je suis partisan du Front de Gauche (FdG) et j’ai voté Mélenchon. Je considère prioritaire la lutte pour la sixième République sociale et contre les traités européens néolibéraux (justement parce que je suis pro-européen). Je ne reconnais nullement le FdG, et même sa tendance la plus mélenchoniste, dans la caricature de Jean-Michel.
Jean-Michel attaque Mélenchon en août 2012 pour ses déclarations de 2009 sur les langues régionales. Mélenchon avait tort mais l’amendement sarkoziste de «patrimonialisation» était un enterrement de première classe. Patrimonialiser les langues régionales, comme les cathédrales et le camembert, c’était souligner qu’elles n’ont aucune existence légale et au-cun droit politique. Si j’avais été député, j’aurais, avec d’autres arguments, voté contre cet amendement ridicule.
Depuis 2009, «Mélenchon» n’est plus un phénomène isolé, il est devenu le leader d’une coalition, le FdG, qui rassemble des gens aux opinions diverses: des jacobins (notamment au Parti de Gauche, le parti de Mélenchon), des antijacobins (notamment à la FASE-Fédération pour une alternative sociale et écologique), les communistes et toute une série de marxistes issus de la LCR ou du NPA, plus des syndicalistes, associatifs et antilibéraux. Ce qui en fait l’unité, c’est l’accord sur la nécessité d’une République sociale, sur l’impératif d’affronter les marchés et non de les «rassurer», de combattre la crise du capitalisme et non la «crise de la dette», et sur le refus des traités européens néolibéraux qui détruisent méthodiquement les services publics au profit du capitalisme financier et de son tout-anglais (qui tue toute autre langue, française ou minorisée). Pour le reste, il y a au sein du FdG des divergences importantes (comme sur le nu-cléaire).
Le FdG en tant que tel a pris des positions nuancées sur les langues régionales, sans doute insuffisantes, lors de sa réunion de Montpellier en février dernier. Cependant, en date du 26 mars, dans son blog personnel, Jean-Luc Mélenchon s’était à nouveau exprimé contre toute signature de la Charte.
Deux des organisations fondatrices du FdG, le PCF et la Gauche Unitaire, sont favorables à la signature (engagement de Marie-George Buffet lors de la précédente présidentielle, et position traditionnelle de l’ex-LCR dont l’héritage est porté par la GU). Parmi les grou-pes qui ont ensuite rejoint le FdG, la FASE et le courant Convergence & Alternative (issu du NPA), regroupent des sensibilités favorables depuis toujours aux droits des minorités linguistiques. Au sein du FdG, seuls le Parti de Gauche et République et Socialisme (un petit courant issu du chevènementisme) y sont hostiles. Les lecteurs d’Enbata doivent donc savoir que Mélenchon ne résume pas le FdG.
Quant à Hollande, il soutient les langues régionales comme la corde soutient le pendu. Alors qu’il accepte le maintien de la Ve République, il veut amender sa Constitution sur trois points: intégrer la Charte européenne, le Concordat Alsace-Moselle et le principe du contrat au dessus de la loi. Cette «conjonction» est catastrophique, y compris pour les abertzale. La défense des langues régionales est, quoi qu’en disent les nationalistes français, un im-pératif de la laïcité. La République ne connaît aucun culte ou groupe de pensée ou croyance, mais une langue ne définit pas un tel groupe (le français est à la fois la langue de la Révolution et de la Restauration). La laïcité implique l’égalité des droits et que tout citoyen de France puisse faire alphabétiser ses en-fants dans sa langue de France. En revanche, le Concordat d’Alsace-Moselle est une survivance antilaïque du temps où ces régions étaient allemandes. Un laïque qui ne confond pas laïcité et nationalisme français doit donc à la fois défendre les langues régionales et combattre le Concordat. Quant au principe du contrat au-dessus de la loi, c’est la «liberté» accordée au patron et à l’ouvrier de discuter «librement» du contrat de travail: le travailleur renonce «librement» aux garanties de la loi pour être embauché —c’est «le renard libre dans le poulailler libre» (Jaurès), c’est l’opt out anglais, c’est la fin d’un siècle de législation ouvrière. Associer la défense des langues régionales à une politique pro-cléricale et anti-ouvrière, Hollande ne peut faire pire pour ces langues: il persuade le camp laïc que leur défense fait partie d’une politique antilaïque et procapitaliste.
En affirmant son hostilité à la Charte, J-L. Mélenchon ne renforce pas le FdG car il em-pêche des citoyens de gauche de le rejoindre. Je le regrette. Mais de tout cela, il faut débattre sans invective. Mélenchon a déjà beaucoup évolué sur certains points: il a complètement abandonné le productivisme et il y a une forte composante écologiste dans son Parti de Gauche. Le meilleur moyen de dialoguer sur la question des langues régionales sera toujours de le faire du point de vue de la laïcité.

Michel Cahen

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