Au-delà d’Aurore un aube nouvelle par Peio Etcheverry-Ainchart

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Ces jours-ci, on ne parle que de cela, et on a raison. La semaine dernière, Aurore Martin a finalement été arrêtée et remise aux mains des policiers et des juges espagnols. L’affaire fait grand bruit, on glose, on réagit, inutile d’ajouter un avis personnel sur cette affaire. à ce jour, toutefois, il me semble que l’on peut chercher ailleurs les autres perspectives dans lesquelles s’insère l’affaire.

Retour sur une année charnière
Au Pays Basque, la rhétorique militante a pris la sale habitude de créer des concepts un feu fumeux tels que «croisée des chemins» ou «virage historique», et de conférences de presse en meetings, ces derniers sont répétés à l’envi de sorte qu’ils ne veulent plus rien dire. Mais en l’occurrence, je suis convaincu qu’en cette fin d’année 2012, le virage est réellement historique pour la gauche abertzale en Iparralde. Si l’on regarde quel-ques mois en arrière, en effet, que voit-on? D’abord, voici un an quasi jour pour jour, la déclaration d’Aiete suivie de la cessation définitive des activités militaires d’ETA. Bien sûr, on peut ne pas y croire, ou ne pas vouloir y croire; c’est tellement utile pour pouvoir justifier n’importe quoi par la suite… Mais on peut aussi se pencher objectivement sur les profonds mouvements qui ont parcouru une frange de la gauche abertzale durant ces dernières années, et reconnaître que tous les faits attestent une mutation irréversible et l’engagement vers une stratégie exclusivement politique. Ensuite, au mois de mai, la signature de l’accord national des 5 partis au Ficoba, affirmant la volonté de ces derniers d’avancer ensemble dans une même logique. Les résultats électoraux successifs de Bildu, Amaiur, puis EH Bildu ont montré l’adhésion populaire à ces changements, inversant cette érosion que la gauche abertzale connaissait de manière quasi continue en Hegoalde depuis la fin des années 1980.
En Iparralde aussi, les lignes ont bougé dans le même sens. Dès avant la signature de l’accord des 5 partis, la gauche abertzale d’Iparralde avait commencé à naviguer de conserve: EH Bai, commission institution et présence abertzale au sein de Batera, collectif MAE puis Bake bidea, dynamique Bil gaiten, enquête auprès de la base abertzale… autant de chantiers collectifs dans lesquels on sent bien que les choses ont changé. 2001, l’année de la scission, c’était il y a 11 ans; ce n’est pas vieux et pourtant, c’est déjà derrière nous, de plus en plus loin. Aujourd’hui, à force de travailler ensemble, de s’affronter aux mêmes questions et d’y apporter collectivement des réponses, les causes de la division du mouvement abertzale disparaissent les unes après les autres.

Vers la refondation
de la gauche abertzale d’Iparralde
Il y a quelques années, AB s’était d’abord créé sous la forme d’une coalition électorale regroupant des forces politiques jusqu’alors largement antagonistes. Les représentants de chaque tendance s’y regardaient en chien de faïence, cherchant à préserver leurs intérêts, leur visibilité, à mettre en avant leurs principes politiques; cela n’avait pas empêché de trouver un modus vivendi, instable au début puis de plus en plus solide. Quelque temps plus tard —un temps que l’on avait sûrement trouvé long à vivre, mais qui avait finalement duré moins de 10 ans—, cette coalition s’était transformée en mouvement unitaire. Aujourd’hui, on n’en est pas là et personne ne parle de parti unique, loin s’en faut. Mais si l’on veut bien considérer les enjeux de l’heure, voici le menu qui nous est proposé, excusez du peu: bataille autour de la collectivité territoriale, contribution à la résolution du conflit, déclinaison de l’accord des 5 partis au Pays Basque Nord et relance du processus de construction nationale, mobilisations autour de gros problèmes sociétaux, préparation des échéances électorales de 2014-2015…
Certes, ces enjeux ne sont pas nouveaux. Mais con-trairement à la situation d’il y a quelques mois encore, quasiment tous les abertzale d’Iparralde abordent aujourd’hui ces questions selon le même angle de vue et dans les mêmes logiques. Comment, dès lors, ne pas penser qu’il est temps de franchir un pas supplémentaire dans la refondation de la gauche abertzale, et de structurer un espace politique commun ou l’on pourra mieux mutualiser les moyens humains et matériels, harmoniser la voix et l’action des abertzale face à la population?

La normalisation du panorama politique
Fonctionner en même temps et fonctionner ensemble ne sont pas la même chose. S’il est trop tôt pour penser à se remarier, après tant de mois passés à se draguer, voire à flirter au vu et au su de tout le monde, un PACS politique est désormais non seulement possible, mais aussi nécessaire. Car au bout d’un moment, quand les choses sont mûres, il faut savoir coucher ensemble si l’on ne veut pas se sentir frustré. La métaphore est facile, mais bon…
L’actualité de cette année montre à quel point le mouvement abertzale s’est imposé sur le devant de la scène. Et cette fois, ce n’est pas pour des faits accentuant ses divisions internes, bien au contraire: sur tous les plans, c’est en étant uni qu’il s’est acquis cette place centrale dans le panorama politique, une place enfin normalisée. Ces derniers jours, l’affaire Aurore Martin a même pour la première fois de l’histoire entraîné la constitution d’une «union sacrée» allant de l’UMP au PC, et ce autour d’une militante abertzale. Au-delà d’Aurore, c’est bel et bien une aube nouvelle qui se lève pour le mouvement abertzale.

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