
L’Édito du mensuel Enbata
Il a été dit que ce n’était pas une révolution, mais plutôt une évolution. Il n’est tout de même pas mensonger de reconnaître qu’un fait politique, comparable à un séisme, a secoué la Cité des arts de Bayonne le samedi 11 avril dernier. À l’occasion de l’élection du président de la Communauté d’Agglomération Pays Basque, un vent de renouveau a soufflé au sein de l’assemblée, jusqu’à quasiment faire perdre l’équilibre à l’intéressé à l’annonce des résultats : Alain Iriart, maire abertzale, encarté EHBai, devient le nouveau président de la principale institution du Pays Basque Nord.
Il prend ainsi, conformément à une élection et des résultats indiscutables, avec 119 voix en sa faveur, la place de Jean-René Etchegaray, figure historique, artisan et à la tête de la première institution du Pays Basque Nord depuis sa création en 2017, qui n’a pu dépasser le total de 102 voix.
Malgré des signes avant-coureurs de changements en cours, le résultat du vote a tout de même été une surprise.
Tout d’abord, le fait que plus de la moitié des représentants des communes votent pour un abertzale, affiché et assumé, est à souligner. Cela montre une évolution positive des esprits sur le territoire et une reconnaissance des positions et du travail des abertzale sur le terrain. La figure d’Alain Iriart a aussi facilité ce score. Édile de longue date, travailleur de l’ombre, avec un parcours de responsabilités et d’actions reconnu par ses pairs, Alain Iriart était la figure rassembleuse pour gagner le pari. Le choix de se dédier entièrement au poste de président, en laissant son titre de maire, a dû aussi être apprécié. Certains élus pourraient s’en inspirer, au regard du nombre de casquettes qu’ils cumulent… et des difficultés à suivre tous les dossiers, qui s’accumulent. Contrairement à 2020, le “terrain” était aussi plus fertile pour son élection en 2026, avec une institution qui a surmonté ses premières années de structuration, et qui fonctionne avec 20 compétences et un budget de 602 millions dʼeuros. Avec aussi, au sein des élus, des critiques qui se renforcent et une envie plus grande de changement de mode de gouvernance et donc de… présidence ?
Dans tous les cas, Jean-René Etchegaray, qui avait, à chaque élection, toujours gagné au cours de ces dernières années, a raté la dernière marche.
“Le fait que plus de la moitié
des représentants des communes
votent pour un abertzale, affiché et assumé,
est à souligner.”
En tant que fin politicien, il aurait dû sentir la fronde monter et se retirer à temps. Sa fin de mandature aurait été plus réussie, avec les remerciements officiels qu’il mérite de la part de la classe politique pour l’ensemble de son action en faveur du Pays Basque. Et qui sait, avec, dans son propre camp, une meilleure préparation et passation du témoin. Retourner s’asseoir au côté des 232 conseillers à la suite du scrutin ne devait pas être dans ses prévisions. Car c’était sans compter sur l’attentat de Peio Etxeleku. Loin d’avoir conclu un accord avec Alain Iriart, Peio était certainement plus motivé à faire tomber Jean- René Etchegaray qu’à faire élire Alain Iriart. Et cela a fonctionné. En arbitre, arrivé en troisième position avec une réserve de 49 voix, sa main qui tenait le micro n’a pas tremblé et il n’a pas bégayé en déclarant qu’il se retirait et, qu’à titre personnel, il voterait pour Alain. La sentence tombait. Il parvenait ainsi à donner raison à la longue liste de griefs à l’encontre d’Etchegaray et, d’une manière plus sournoise, à rendre le coup de pied que lui-même avait reçu en mai 2024 de ce dernier, avec son éviction de son poste de référent de pôle d’Errobi.
Et maintenant, quelles surprises “l’évolution” nous réserve-t-elle ? L’obtention de la présidence est un suc- cès indéniable pour les abertzale. Symboliquement, médiatiquement, stratégiquement, concrètement. Mais cette désignation va certainement avoir son effet miroir. En réaction, il est raisonnable de penser que les forces départementalistes, jacobines, conser- vatives, rétrogrades vont se réveiller et essayer de s’or- ganiser. N’acceptons pas la politisation politicienne, mais continuons plutôt à agir collectivement, dans le pluralisme, en cultivant le consensus comme nous savons le faire, pour avancer sur les dossiers majeurs et brûlants du Pays Basque.
