Comment faut-il interpréter les premières mesures que semble prendre la municipalité de Donostia pour limiter la prolifération des appartements de tourisme dans la capitale gipuzkoar sinon que positivement ?
Quelques jours après la manifestation organisée par les jeunes de la mouvance Ernai, le maire, Eneko Goia, annonce le gel des licences pour les appartements touristiques du quartier Parte Vieja et celui du port, quartiers, aujourd’hui officiellement considérés comme étant des « zones saturées »…
De même, un zonage de la ville règlementera et limitera les différentes possibilités en matière de logements à vocation touristique de toute la cité. Il aura fallu une seule manifestation, même quelque peu éclipsée par les évènements de Barcelone, pour que les autorités prennent en compte une des problématiques générée par l’augmentation du tourisme au Pays Basque.
Dans un premier temps pourtant, ces mêmes autorités avaient feint de cantonner cette mobilisation en une opération politique menée par la gauche abertzale, allant même jusqu’à caricaturer les manifestants en anti-touristes ou anti-tourisme.
Vu le temps de réaction, moins de quinze jours, d’autres secteurs ont dû aussi intervenir.
Le mal était sans doute plus présent et important que ne voulait le voir la municipalité. On peut se féliciter de ces mesures, ainsi que de celles visant à contrôler la légalité et la conformité des appartements de tourisme actuellement en place par une équipe dédiée de dix personnes. Mais on peut aussi se poser la question du pourquoi cela n’a pas été mis en place plus tôt. Surtout quand on apprend que seuls un peu moins de 30% de ces logements de tourisme seraient en règle avec l’administration.
En Iparralde aussi, la manifestation du 17 aout a généré des prises de position sur les dérives engendrées par le tourisme dit de masse. Les situations ne sont sans doute pas comparables avec celles vécues à Donostia, Barcelone, Dubrovnik ou Venise, mais cela pourrait le devenir.
Si de bonnes intentions se font entendre ici et là, il faut aussi reconnaitre que peu d’actions sont mises en place actuellement.
A l’image de ce qui vient de se passer chez nos voisins, faut-il attendre d’atteindre un niveau de saturation pour commencer à réfléchir et mettre en place des mesures de régulation ?
Il suffit de tendre l’oreille pour entendre qu’un certain ras le bol est en train de s’installer dans les sites les plus visités de notre Pays Basque. Le phénomène des maisons secondaires n’est pas nouveau, il atteint des pourcentages importants dans les principales villes côtières mais il se généralise aujourd’hui vers l’intérieur du Pays Basque.
Espelette et ses environs, quelque peu épargnés jusqu’à présent, commencent à être sensiblement touchés par le phénomène. Il se trouvera toujours quelqu’un pour dire qu’il n’est en rien comparable à celui de la côte. Sans doute et heureusement, mais faut-il ici aussi attendre d’avoir atteint la limite de l’acceptable pour réagir ou est-il envisageable de mettre en place dès à présent des moyens de limitation ? Sommes-nous si éloignés des préoccupations des Donostiar ? Pas si sûr.
Biarritz, Anglet, Saint Jean de Luz, entre autres, doivent connaitre les mêmes « dérives » locatives que celles existantes ailleurs… Même si des mesures sont envisagées pour mieux tracer l’importance de « l’ubérisation » des locations de vacances au niveau de la nouvelle Communauté d’agglomération du Pays Basque, il est actuellement difficile de dire quel est son impact réel. Très important sans doute.
Au niveau national, ce sont pourtant près de 800 plaintes qui ont été déposés par plusieurs syndicats de professionnels du tourisme, de l’hôtellerie et de l’immobilier contre les principales plateformes dites « collaboratives » pour concurrence déloyale.
Ce sont les dérives des systèmes qu’il faut combattre. D’autant plus qu’elles sont généralement connues. Dénoncer ces dérives n’implique en rien un rejet du tourisme. Au contraire. Car il n’est pas sûr que les touristes à la recherche d’un Pays Basque authentique, apprécient très longtemps de venir dans des quartiers, des villes ou villages, vidés ou désertés par la population locale, pour profiter d’une ambiance qui sera devenue bien artificielle.