Bas les masques !

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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Faites vos jeux ! Rien ne va plus… comme avant ! Rarement les potentiels résultats de certaines situations locales n’auront été aussi indécis pour ces élections municipales! Finis les scores sans appels de notables qui passaient haut la main dès le premier tour à l’instar des Loustodaudine, Duboscq, Alliot-Marie, Grenet… La bataille sera âpre dans un certain nombre de villes comme Bayonne, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, Mauléon, Tardets, Hasparren, Saint-Palais, Ustaritz ou Saint-Pée…

Les cartes sont rebattues et les clivages gauche/droite ne sont plus les seules lignes de démarcation entre les listes en présence. La prise de conscience autour du réchauffement climatique —depuis le fameux verre d’eau de René Dumont candidat écologiste aux présidentielles de 1974— s’est substantiellement imposé ces dix dernières années ici, avec ce boulot extraordinaire initié, notamment, par Bizi. Il ne fait plus bon être écolo sceptique !

Pour autant, une autre thématique —ou plutôt démarche— commence à émerger en prenant forme, pour ces municipales, dans nombre de villes sur le territoire français après avoir déjà essaimé dans certains pays d’Europe du Nord. C’est plus qu’un balbutiement. L’étendue et le nombre de listes véritablement citoyennes semblent être un vrai annonciateur de nouvelles pratiques dans l’offre politique essentiellement au niveau communal. Ce nouveau paramètre —n’en déplaise à un certain nombre de contradicteurs— n’est pas un simple effet sémantique: c’est une véritable réponse à des pratiques usées et par trop autocratiques.(1) Une réponse aussi à un désintéressement de la chose politique et notamment face à la crise de la représentation électorale. Le poncif “tous pourris” faisant encore le lit de l’extrême droite.

Focus bayonnais

Les élections municipales sont considérées comme des élections suprêmes de proximité et pourtant les chiffres de participation désavouent clairement cet axiome. Surtout dans la cité du jambon, où l’abstention au premier tour de 2008 (43,20%), s’est confirmée en 2014 (43,56%). Les jeunes (de moins de 50 ans!) et les quartiers populaires fournissant, à priori, le gros contingent de ces boudeurs des dimanches électoraux. A Bayonne, donc, une double inconnue fera le suc de ces échéances: la quête des abstentionnistes et le vote des nouveaux arrivants(2). Les cinq listes en présence pour ses 52.000 habitants vont se les disputer. Et nul doute que les messages innovants et autres méthodes participatives influeront sur leurs choix. Si la liste menée par JR Etchegaray (UDI/LERM/MODEM et LR) comme celle de Henri Etcheto (PS/PC) surfent sur des modalités classiques (affiche personnalisée de la tête de liste par exemple), la démarche citoyenne Demain Bayonne (sans soutien de partis politiques) ou de Baiona Verte et Solidaire cherchent à se distinguer.

Nahi duenak mus !

Cette dernière n’hésitant pas à verser dans une rhétorique incongrue : un rassemblement citoyen soutenu par trois partis politiques (EH Bai, EELV et la sensibilité Ensemble de la France Insoumise), cela est plutôt antinomique! Parce qu’aussi l’enjeu du premier tour résidera dans le placement des trois listes situées à gauche et de leur écart. Ainsi que la capacité de la liste arrivée en tête de pouvoir fédérer les deux autres. Car les cartes sont redistribuées depuis 2014. La liste abertzale ne l’est plus qu’à moitié en se renforçant d’EELV et d’une frange de la France Insoumise alors que la liste citoyenne, euskaltzale et écolo misant aussi sur la pluralité linguistique de Bayonne porte trois abertzale et deux anciennes parentes d’ikastola dans les sept premières places. En l’absence de sondage officiel —et c’est une bonne chose— bien malin qui pourra d’ici le 15 mars, avoir une assurance de trouver le tiercé dans l’ordre. Voire le quinté car l’émergence pour la première fois d’une liste d’extrême droite à Bayonne vient tout chambouler.

Ça ne fait pas führer !

Certes, les gens de gauche se disent que finalement cette liste pourrait changer la donne avec une vraie mise en difficulté de la droite classique portée par J.R. Etchegaray. Cela mettrait fin à plus de 80 ans de règne, sans partage et sans discontinuité, de conservateurs souvent notables, tournant la page de la dynastie Grenet et de leurs héritiers. Quand bien même ces derniers auraient rendu cette droite plus présentable, notamment grâce à certaines prises de positions de son premier édile et les captages de personnalités telles que Martine Bisauta ou Laurence Hardouin. Reste que la devise bayonnaise “Nunquam polluta” —jamais souillée— vient de perdre en crédibilité avec l’engagement de 45 apprentis néo-fascistes dans la course électorale. Ce n’est plus l’apanage de la ville de Biarritz qui avait vu la présence d’une liste FN en 2014. Un frein est levé et se montrer dans une telle liste à fini par convaincre —parait-il— un certain nombre de femmes hésitantes. Il est vrai que ce sont elles, les premières victimes du triptyque Famille-Travail-Patrie cher à l’ancêtre Maréchal que ne devraient pas renier ces tenants de l’ordre et de l’exclusion.

Une liste en Duce

Nul doute que nous ne verrons que peu de visages et beaucoup de noms de jeunes filles: il faudra peut être ménager le nom de quelques maris “fonctionnaires”. Quoiqu’il en soit, il s’agit déjà pour nous d’une défaite collective autour du fameux vivre ensemble que nous portons haut et fort. Notre action politique, associative, culturelle ou sportive visant la convivialité, le partage et la solidarité prend du plomb dans l’aile. Et l’on peut craindre que cette liste baptisée “Bayonne plurielle” —la mal nommée— puisse atteindre, voire dépasser, les 10%. Depuis fin février, Bayonne n’est pas plus à l’abri de la morgue des héritiers de Pétain que de l’arrivée du Coronavirus. Il ne reste plus qu’à connaître le nom des impétrants, plus proches de la peste brune que de la maladie Covid-19. Et de se dire “Nooooooon?! Pas lui ! Pas elle !” Mais dans l’un ou l’autre cas, la contagion est un risque réel : à l’instar des toutes récentes consignes données au sein de la mairie bordelaise, on évitera dorénavant de se faire des muxu et de se serrer la main. Et ce n’est que le début.

(1) Cf chronique Changeons de paradigme, décembre 2019.

(2) La population de Bayonne augmente chaque année en moyenne de 700 habitants.

 

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