10 ans pour agir !

Manifestation de Greenpeace, Avaaz, Wemouve et Campact contre le glyphosate devant la Commission européenne à Bruxelles, février 2017

L’Édito du mensuel Enbata.

Il y a quelques années, alors que nous commentions l’actualité, mon père avait lancé ainsi : « Il faudrait se donner comme objectif d’être sorti du glyphosate dans dix ans ». Je ne sais pas s’il avait eu l’occasion de développer cette idée de son côté ou bien s’il l’avait partagée avec des amis, mais cette phrase anodine, envoyée en l’air à l’époque, me revient à l’esprit aujourd’hui, en écho à l’actualité de ces dernières semaines.

Cet automne, l’Union européenne a eu l’opportunité d’interdire l’utilisation de cet herbicide controversé, le plus utilisé au monde. L’autorisation actuelle courant jusqu’au 15 décembre 2023, le 20 septembre dernier, la Commission mettait sur la table une proposition visant son renouvellement pour une durée de dix ans. Le 13 octobre, parmi les États membres de l’UE, ni le camp des pour, ni le camp des contre ne parvenait à réunir la majorité nécessaire de 15 pays représentant au moins 65% de la population. Le résultat du second vote a été identique le 16 novembre. Ainsi, la Commission a choisi, comme l’autorisait la procédure, de reconduire l’autorisation du glyphosate jusqu’au 15 décembre 2033.

En attendant, une autorisation, d’une durée de cinq ans, qui arrivait à son terme en fin d’année, se voit reconduite pour dix ans. Sans accord. Sans rejet. Uniquement en se basant sur une discrète procédure législative, intelligemment et diaboliquement pensée, et mise sur les rails par les partisans de l’agrochimie. Il est vraiment triste de constater, dans le monde agricole, cet entêtement à faire perdurer à tous les niveaux, sous perfusion, un modèle mortifère et néfaste basé sur la chimie plutôt que sur le vivant. Et le glyphosate n’est qu’un arbre qui cache la forêt des pesticides.

Et si dans cette actualité désolante, dans cette répétition de mauvaises mesures, nous nous prenions en main ? Décidions d’inverser la vapeur ? Et si, face à cette autorisation d’utilisation du glyphosate pour dix ans, nous faisions collectivement le pari d’arrêter d’utiliser le glyphosate d’ici dix ans ? Tôt ou tard, son interdiction entrera en vigueur. Ne serait-il pas plus intelligent de travailler à s’en passer avant que le couperet ne tombe ? Choisir est toujours plus acceptable que subir.

En relevant le défi et en s’organisant à l’échelle du Pays Basque, cela pourrait être un projet territorial fort. A l’instar des particuliers qui ne peuvent plus acheter de glyphosate depuis 2019, tous les secteurs pourraient se donner pour objectif de s’en passer aussi. Un pari, un challenge stimulant, dans l’intérêt de tous, porté par tous.

Dans le monde paysan, il est évident que ce ne serait pas une chose aisée. On imagine déjà les réticences. Les accros au glyphosate : « Ce n’est pas à l’échelle d’un demi-département que ces mesures doivent être réfléchies ! », ou bien le fameux « pour l’instant, il n’est pas possible de faire sans ».

Malgré tout, entrer dans une telle démarche pourrait être un pas important vers la sortie de l’utilisation de ces poisons. De plus, à l’échelle d’un territoire, cela permettrait de sortir du statu quo et de rapprocher deux modèles agricoles qui ne cessent de s’éloigner.

Tel un laboratoire, il faudrait inventer une méthodologie d’action bien spécifique, avec un cadre, des garanties, des contreparties, une communication, etc., pour inciter les paysans à s’engager dans cette voie.

Enfin, la clef de la réussite résiderait dans la condition d’une participation honnête de l’ensemble des acteurs : les communes et la Communauté d’agglomération du Pays Basque, l’administration, les deux chambres d’agriculture et les structures de développement agricole, les acteurs en amont et en aval du secteur (fournisseurs divers, transformateurs, GMS, filières, etc.).

Une perspective de dix ans laisserait le temps pour définir collectivement les contours d’un tel objectif, de dessiner les étapes à franchir pour y arriver, les freins à dépasser, les craintes à apaiser, les réussites à valoriser.

Tout est à penser et à dessiner. Mais cette petite phrase, inoffensive, pourrait s’avérer transformatrice de société. Ou bien il est aussi possible de ne pas en tenir compte et de laisser passer l’eau sous les ponts, tout en commentant qu’il y a de moins en moins de poissons…

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