
L’Edito du mensuel Enbata
Lors de l’assemblée générale extraordinaire d’Euskal Moneta du 12 septembre dernier, il a fallu se positionner sur cette question : sommes-nous d’accord pour laisser, tout de suite, le nom et l’identité graphique de l’Eusko aux deux monnaies locales qui s’organisent dans la région du Baztan en Navarre et d’Oarsoaldea en Gipuzkoa ? Il a été choisi, à une large majorité, de ne pas franchir le pas. Pourquoi ce résultat ?
La démarche pour constituer des monnaies locales sur ces deux territoires à titre expérimental, à l’instar de l’Eusko en Iparralde, remonte à plusieurs années. Assez rapidement, des inquiétudes se font sentir de la part des partenaires historiques de l’Eusko et d’Euskal Moneta, concernant le rythme trop rapide et les priorités définies. La crainte d’un manque d’ancrage dans la société et d’une place trop importante des institutions est identifiée. Une démarche trop descendante, à l’inverse de la méthode mise en place à la création de l’Eusko est observée. Enfin, une demande pressante de pouvoir utiliser le nom Eusko sur les deux zones d’expérimentation, alors que des questions importantes concernant la gouvernance n’ont pas encore été clarifiées, semble prématurée.
Ces derniers mois, deux visions différentes apparaissent sur la stratégie à mettre en œuvre pour la suite du projet : soit faire le choix que toutes les monnaies locales se nomment Eusko, alors même qu’elles ne pourront, pour le moment, pas permettre d’échanges entre elles ; soit, au-delà du symbolique, consolider des monnaies locales avec d’autres noms, et envisager la suite ensemble, lorsque les freins pour une circulation de la monnaie unique sur tous les territoires seront levés.
L’ensemble de ces éléments a pesé de manière très forte sur le vote du 12 septembre dernier.
Les monnaies locales mènent des révolutions à bas bruit. Elles façonnent des transformations sociales au quotidien. Lorsque nous tenons des billets eusko en main ou avons des euskos dans un compte, nous cherchons les adresses où les utiliser. Par exemple, grâce à la monnaie locale, nous n’allons plus au supermarché pour acheter notre nourriture. Nous nous approchons plutôt de producteurs fermiers ou de magasins de proximité. Une fois cette habitude prise, nous ne revenons pas en arrière. Nous soutenons ainsi les professionnels qui, en adhérant à l’Eusko, ont choisi d’en respecter les valeurs. Le cercle est vertueux.
“Les monnaies locales mènent des révolutions à bas bruit. Elles façonnent des transformations sociales au quotidien.”
Sur une zone plus vaste, par exemple à l’échelle du Pays Basque, les monnaies locales ont toute leur place. Elles peuvent jouer leur rôle dans le renforcement des liens et la construction du Pays Basque. Il est important d’en créer partout. Les futurs utilisateurs doivent entrer dans la dynamique (les particuliers, les associations, les professionnels, les institutions, etc). Accompagnons-les à franchir les pas de création et de mise en circulation de monnaies, et inspirons-les sur les fondements à bâtir. Puis, lorsque ces monnaies seront bien installées, la mise en réseau pourra se faire. Les modalités de lien, d’imbrication ou de fusion seront alors débattues, et le choix d’un nom commun, ou pas, discuté.
L’Eusko, même si elle est la première monnaie locale d’Europe, pèse peu sur la balance des flux financiers d’Iparralde. Elle doit continuer à travailler à son propre développement et à son renforcement. Mais Euskal Moneta, par son expérience et son ancienneté, peut être guide et compagnon de route des expérimentations en Hegoalde dans cette voie des “7 monnaies locales qui font une”. La perspective qu’un jour toutes les monnaies locales d’Euskal Herri fonctionnent ensemble peut réellement être mobilisatrice. C’est le message principal que nous retenons de l’AG du 12 septembre dernier.
