
L’Édito du mensuel Enbata
Macron avait suscité l’indignation des spécialistes du climat en s’interrogeant après les incendies de l’été 2022 : “Qui aurait pu prédire la crise climatique ?” Quatre ans plus tard, il s’est obstinément refusé à faire le moindre lien entre les catastrophes de cet été et le réchauffement climatique, préférant recycler sa rhétorique guerrière de la crise du Covid.
Au même moment, le premier ministre britannique affirmait la nécessité de “faire face au changement climatique” et de passer aux “énergies plus propres” et en Espagne, Pedro Sanchez proposait à l’opposition un “pacte d’État” transpartisan sur l’urgence climatique. Ces dirigeants se sont donc engouffrés dans la fenêtre politique ouverte par les catastrophes de cet été pour proposer une réponse aux défis climatiques. En refusant de le faire, le président français a gâché une opportunité politique et fait le jeu de l’extrême droite, qui se sait très fragile sur ces sujets.
Par ailleurs, ni les forces politiques progressistes, ni la société civile ne sont parvenues à porter la question de la transition écologique au coeur de l’agenda politico-médiatique. Abattement et sidération ? Bollorisation de la presse ? Ou espoir que l’intensité de l’expérience vécue induira nécessairement une conversion écologique ? Nous savons pourtant que c’est loin d’être systématiquement le cas. Après avoir été dévastée par plusieurs inondations en 2023 et 2024, et alors que la probabilité de tels événements est considérablement amplifiée par le dérèglement climatique, la commune de Blendecques dans le Pas-de- Calais a sanctionné les écologistes aux élections européennes de juin 2024 (1,72 % des votes contre 50,7 % pour le RN).
Ce scénario n’est pas non plus inévitable. En 2011, après avoir subi des inondations monstres qui avaient causé près d’un milliard d’euros de dégâts, la ville de Copenhague a su exploiter la fenêtre politique ouverte par la catastrophe pour impulser une fiscalité écologique innovante et financer un plan d’adaptation soutenable. Ce programme, qui répondait au besoin de protection des victimes, a obtenu une large adhésion. A Blendecques en revanche, ni l’État ni les écologistes n’ont su répondre à ce besoin, qui s’est transformé en colère et en vote contestataire.
“Les transformations à mener ne pourront remporter l’adhésion de la population que si la protection qu’elles promettent l’emporte sur les craintes qu’elles inspirent, notamment autour des reconversions professionnelles.”
Au Pays Basque, le “Diagnostic de vulnérabilité au changement climatique” publié en août 2025 est là pour nous convaincre de l’ampleur des transformations à mener. Elles ne pourront remporter l’adhésion de la population que si la protection qu’elles promettent l’emporte sur les craintes qu’elles inspirent, notamment autour des reconversions professionnelles.
Or un tel défi a déjà été relevé dans les années 90. Le gouvernement basque, confronté au problème de la reconversion industrielle en Euskadi, avait mis en place avec l’aide de l’économiste Michael Porter une politique de pôles de compétitivité devenue une référence internationale. Dans un autre registre, Bizi avait publié en 2015 une étude montrant qu’une politique climatique ambitieuse pouvait créer plus de 10 000 emplois pérennes et locaux d’ici 2030. Par contraste, les objectifs écologiques adoptés depuis par nos institutions quantifient rarement leurs impacts en termes d’emplois. Or c’est évidemment crucial. En Ecosse, malgré une volonté politique forte, la transition du secteur pétrolier vers les renouvelables est compromise par une surestimation du rythme de développement de ce secteur.
Mais au Pays Basque Sud, les syndicats ont pris cette question à bras-le-corps. En 2021, Le Monde consacrait déjà un article à “ELA, le syndicat qui a placé la transition écologique au coeur de sa stratégie“, et LAB s’est associé à la rédaction d’un article récent visant à quantifier à l’échelle des sept provinces un scénario d’équilibre énergétique basé sur une réduction de la consommation et sur les énergies renouvelables.
Le meilleur moyen de surmonter l’expérience de vulnérabilité que nous avons vécue cet été est de nous convaincre de cette puissance collective et de l’alimenter.
