Vive la France !

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie-ren burasoak Bigorre-etik etorri dira Euskal Herrirat beren lehen 4 haurrekin, 60 hamarkadaren hasieran. Baionan hazi ondoren, euskal kantuaren bidez erabaki du euskotar bilakatzea eta euskara, bertako biztanleen hizkuntza, ikastea. Kultur eta politika arloko militante gisa, idazkera egiazko arma literario bat dela pentsatzen du. 80 hamarkadaren erditsutan, Ekaitza astekariaren sortzaileetakoa eta 1992an Baionako hiru hilez behingo Kutzu adizkariaren sortzaileetakoa da. Enbatan hilabetero kronika bat egiten du 2012ko urtarriletik geroz.
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MacronRajoyOn ne s’ennuie pas au Pays Basque Nord comme en France ! Ici, c’est un rassemblement de fous de dieu qui prient dans l’espace public en plein Bayonne sur des positions obscurantistes qui ne sont même pas celles du missionnaire. Que n’aurait-on entendu s’il s’agissait de musulmans ! Là, c’est une situation scandaleuse dans nombre d’Ehpad où la moyenne des accompagnants est de 5, 9 pour 10 résidents alors qu’en Suède, par exemple, le rapport est de 12 pour 10 résidents. Et la menace de suppression de 13.000 emplois aidés dans ce secteur ne va pas arranger la situation.

De même, la surpopulation carcérale en France est toujours aussi importante, selon Le point.fr de mars 2017, avec aujourd’hui près de 70.000 personnes au gnouf (pour 58.664 places opérationnelles) dont environ 2.000 dorment sur des matelas posés au sol. (1)

Ailleurs, c’est l’incantation de Macron pour conserver “l’unité de l’Espagne” face au désir légitime de la Catalogne de gérer au plus près ses propres affaires après trois siècles de dépendance au royaume d’Espagne. (2)

Plus loin, ce sont les tergiversations de la commission européenne (et de Nicolas Hulot) afin d’éviter d’interdire, tout de go, le glyphosate. Cet herbicide bien que dégradable, est comme de nombreux herbicides et insecticides, très souvent présent dans l’air, les eaux et les sols.

On n’est pas aidés !

Et puis, demeure toujours dans l’actualité, une contestation tous azimuts face à la décision brutale de ce gouvernement de procéder, sine die, à une coupe drastique des contrats aidés. Car l’incompréhension le dispute à la colère : comment peut-on avoir une analyse aussi caricaturale d’un dispositif d’insertion -sans nul doute perfectible- qui redonne l’espoir à tant de travailleurs sans emploi de (re)trouver une place active dans la société dans la fierté et la dignité ? Comme si, comme l’a exprimé la ministre du travail, les personnes éjectées d’un contrat aidé allaient toutes, comme par miracle, se trouver une formation longue, adaptée à leurs parcours, peu onéreuse et proche de chez elles. Comme si nous étions tous égaux. C’est bien là le drame français : confondre égalité avec uniformité, où pas une tête ne doit dépasser, alors que nous sommes à la fois, ici et ailleurs, semblables et différents. Et que ce sont ces différences-là qui font la richesse des rencontres : considérer l’autre comme unique en embrassant la diversité comme source d’épanouissement.

Comme si, comme l’a exprimé la ministre du travail,
les personnes éjectées d’un contrat aidé allaient toutes,
comme par miracle, se trouver une formation longue,
adaptée à leurs parcours, peu onéreuse et proche de chez elles.

Social : où vas tu ?

En fait, cette logique comptable et donc caricaturale traverse, subrepticement, la société française depuis déjà pas mal d’années. Il n’est que de voir comment le domaine du social, lui-même, a été impacté par l’imposition effrénée de l’évaluation quantitative. Nombre de travailleurs sociaux sont vents debout face à ce qui est présenté comme des impératifs liés à une forme d’évaluation du travail effectué basé non pas sur les qualités des interventions mais sur le nombre de personnes rencontrées ou le résultat obtenu en termes de placement. Dans l’insertion professionnelle, c’est l’objectif, pour chaque conseiller(e) de mettre 50% du public suivi, souvent en difficulté et dans un temps limite, en CDI ou en CDD de 6 mois afin de les sortir au plus vite de son “portefeuille”. Lequel est démesurément rempli puisque le rapport est de 1 pour 200 en moyenne dans l’accompagnement de personnes en situation de handicap et de 1 pour 300 à 400 auprès de personnes ordinaires. Du coup, la tentation est forte de choisir un public pas trop à la marge. Et comme les financements dépendent, en grande partie, de cette politique du résultat basique, c’est la course à l’échalote. Les conseiller(e)s passent plus d’un tiers de leur temps à justifier sur ordinateur, et de façon quantitative, le résultat de leur intervention sur leur temps restant ! On marche sur la tête ! L’accompagnement humain, la confiance à installer, le comportement à dents de scie de personnes fragilisées par des accidents de vie ou par des handicaps psy : tout çà est à jeter aux oubliettes !

Déformation !

Au début des années 80, à la suite du rapport Schwartz (3) commandé par Pierre Mauroy, premier ministre sous Mitterrand I, un dispositif est mis en place pour accompagner les 16-18 ans, souvent en rupture, vers une insertion sociale et professionnelle idoine. Les trois MJC bayonnaises, notamment, répondent aux appels d’offre et reçoivent une enveloppe suffisante pour prendre en charge des groupes de 15 jeunes sur des durées de huit mois, avec parfois des rallonges pour une année d’accompagnement pour certains jeunes en plus grande difficulté. Une trentaine d’années plus tard, ces mêmes dispositifs (Aide à l’Élaboration de Projet) durent en tout et pour tout six semaines ! On demande aux formateurs/trices de faire des miracles… qui ont rarement lieu. Pis, les AGEFIPH (4) lançait, il y a encore trois ans, des appels d’offre à destination des organismes de formation sur la base de 30 euros par jour et par stagiaire. Aujourd’hui, cette somme est ramenée à 13 euros ! Le pôle emploi n’est pas en reste : il propose des formations à 7 euros ce qui, aux yeux de tous, est un budget impossible à tenir car au dessous du seuil de rentabilité. Résultat : les personnes sont laissées en“autonomie” et nombre d’entre elles restent sur le carreau. Eh bé, on n’est pas sortis de l’auberge !

(1) L’Observatoire international des prisons (OIP) a dénoncé ce “consensus qui, de l’extrême droite au centre, fait de la construction de nouvelles places de prison la colonne vertébrale de discours toujours plus répressifs” et a regretté “la pauvreté des débats en matière de justice pénale”.
(2) Pour mieux comprendre l’enchaînement des événements dans le pays catalan, lire absolument deux excellents articles particulièrement documentés d’Ellande Duny-Pétré :
www.enbata.info/articles/comment-les-independantistes-en-sont-arrives-la (09/10/17)
www.enbata.info/articles/jeu-du-chat-et-de-la-souris (20/10/17)
(3) Ce rapport affirme renoncer à déterminer une politique mais plutôt promouvoir une nouvelle façon de poser le problème de la transition professionnelle. Il insiste sur la nécessité de qualifier les jeunes pour faire face à la modernisation des champs professionnels qui ne doit pas laisser de côté les jeunes sortis du système éducatif sans qualification.
(4) Organisme paritaire crée en 1987 pour favoriser l’insertion professionnelle dans l’emploi en milieu ordinaire des personnes handicapées.