Faire la paix au Pays Basque

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Enbata: Votre livre analyse avec pertinence la résolution du conflit basque par la négociation: pourquoi, comment négocier, entre qui… Pourriezvous expliquer pourquoi les diverses négociations entre ETA et Madrid, depuis Alger en 1989, ont chaque fois échouées?
Jean-Pierre Massias: C’est vrai qu’au moins par trois fois, des négociations consécutives à la proclamation de trêves furent engagées et rompues au terme d’un scénario comparable: ETA mettant fin à la trêve par la reprise de la lutte armée en accusant le gouvernement espagnol (et les autres protagonistes du processus) de n’avoir pas tenu ses engagements. Sans revenir sur ces épisodes et sur les polémiques qu’ils ont entrainées, force de constater qu’une des raisons de ces échecs réside dans le fait que le processus a été —de facto— exclusivement contrôlé par ETA et le gouvernement espagnol, qui décident de son ouverture, de son contenu et de sa rupture. La société reste principalement spectatrice même si lors de l’accord de Lizarra-Garazi de très nombreuses forces politiques et sociales s’engagèrent dans le processus. C’est d’ailleurs ce qui rend optimiste aujourd’hui: la situation est l’aboutissement d’une construction sociale qui s’est imposée, de Zutik Eukal Herria jusqu’à l’accord de Gernika, tant à ETA qu’au gouvernement espagnol et qui a été plébiscité lors des dernières élections municipales et forales avec les succès de la coalition Bildu.
De plus, et cette évolution est fondamentale, le processus actuel, contrairement aux tentatives précédentes a été encadré par des médiateurs étrangers de haut niveau, lui donnant ainsi crédibilité et autorité. Dans cette perspective, l’action groupe international de contact de B. Currin, et la participation à la conférence de Donostia de leaders politiques aussi prestigieux et aussi incontestables que Koffi Annam, Tony Blair (représenté par son chef de cabinet) ou de Gerry Adams accentue encore cette dynamique. Alors même que le gouvernement espagnol a de tout temps nié l’existence d’un conflit et refusé toute intervention étrangère, l’implication directe de ces acteurs fragilise considérablement ce postulat. Les réactions espagnoles, souvent méprisantes et parfois haineuses, ne peuvent désormais masquer ni le caractère politique du conflit ni l’impérieuse nécessité d’une médiation étrangère pour garantir sa pleine résolution.

Enbata: L’arrêt définitif de l’action armée proclamé par ETA il y a 10 jours relève d’une décision unilatérale. S’être exonéré d’une négociation handicape-t-il la résolution politique du conflit? Comment la société basque devra-t-elle répondre à l’exigence de la réconciliation, au sort des prisonniers et des exilés, et à celui de toutes les victimes? Comment peut-on envisager la restitution des armes d’ETA?
Jean-Pierre Massias: Il est certain que l’absence de négociations préalables rend les choses plus complexes et fait encore plus re-gretter l’échec du dernier processus ou un certain nombre d’engagements allaient —plus ou moins— dans le sens des cinq points de la déclaration de Donostia. Aujourd’hui, le gouvernement espagnol, n’étant lié par aucun engagement préalable, à beau jeu de refuser de s’engager dans un processus de «démobilisation» en réponse à la déclaration d’ETA. Il s’en tient au discours de la “victoire de la démocratie sur le terrorisme” soulignant l’affaiblissement d’ETA et de sa capacité militaire.
Pourtant ce discours ne résiste pas à l’analyse et il me semble qu’il existe des facteurs objectifs qui doivent conduire tous les acteurs à s’engager plus avant pour donner vie aux points que vous évoquez.
L’abandon par ETA de la lutte armée est certes une étape considérable mais qui ne suffit pas à véritablement faire disparaitre toute violence au sein de la société basque. Dés lors il convient, comme le souligne le texte de San Sebastian d’ouvrir des négociations spécifiques touchant à la restitution des armes, au rapprochement et à la libération anticipée de —certains— prisonniers, ainsi qu’à l’atténuation des dispositions anti terroristes et plus globalement à la réinsertion sociale des acteurs du conflit. Ce n’est qu’a l’issue de ce processus complexe —et qui, l’ex-emple Irlandais l’a montré, peut s’étaler sur des années— que l’on pourra effectivement mettre un terme définitif à ce conflit. C’est d’ailleurs de l’intérêt du gouvernement espagnol de ne pas laisser la situation en l’état et ainsi de laisser «dans la nature» des stocks d’armes et —plus globalement— une telle tension potentielle. Là encore, la négociation devrait s’imposer, équilibrant restitution des armes et mesures en faveur des prisonniers et là encore une médiation internationale serait le meilleur moyen de garantir ce processus.
Face aux réticences des Etats, c’est désormais à la société basque —et à tous ceux qui soutiennent cette vision des choses—d’imposer la continuité du processus et son accomplissement démocratique. Les succès électoraux et la mobilisation sociale des forces soutenant le processus seront des facteurs déterminants de sa réalisation. Si le temps des armes est terminé, celui de la confrontation démocratique commence et les bulletins de vote vont devenir des instruments très efficaces. C’est désormais tant à la gauche abertzale (et à l’ensemble des partis politiques basques) et au gouvernement espagnol de prendre désormais la mesure de cette mutation historique fondamentale et d’en tirer les conséquences qui s’imposent. Gorbatchev l’avait dit en son temps à des dirigeants est allemands réticents à la perestroïka: «ceux qui ratent les trains de l’histoire sont condamnés à les regarder passer!».

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