Euskaltzaindia (1) par Jean Hartischelhar

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rECEMMENT Euskaltzaindia / Académie de la langue basque s’est réunie à la mairie de Bayonne pour sa séance mensuelle à la suite de laquelle, au théâtre de Bayonne, Xarles Videgain, Bayonnais de naissance, prononçait son discours d’entrée à l’Académie, ré-ponse d’accueil et de bienvenue étant à la charge de l’académicien Beñat Oyharçabal.
Je sais, car on me l’a dit et même répété, que bien des présents à cette séance ouverte de l’Académie ont été impressionés favorablement. Tout d’abord par la majesté du décor lui-même. Seules les grandes villes peuvent en faire l’offre et j’ai encore en mémoire les mairies de Bilbao et Saint-Sébastien, les diputaciones de Bizkaye, d’Alava et de Guipuzcoa toujours généreusement mises à la disposition d’Euskaltzaindia pour des cérémonies de ce genre.
La scéne était occupée par les membres de l’Académie avec, en son centre, le président ayant à ses côtés le représentant de la mairie de Bayonne, Jean-René Etchegaray, premier adjoint au maire, en l’occurence. L’assistance, famille et amis de Xarles Videgain et de nombreux euskaltzale, au total deux cents personnes ont pu apprécier la qualité des discours de très haute tenue comme il sied en telle occasion.
C’était là, dans un rituel consacré, le “paraître” de l’Académie que bien des personnes découvraient, le “jalgi hadi kanpora” nécessaire. Derrière ce “paraître” existe et vit l’“être”, le travail quotidien d’une institution destinée à veiller sur l’euskara et à le promouvoir. Cette “grande dame” a une histoire qui a commencé depuis plus de quatre-vingt-dix ans.
En 1917 les “abertzale” (le PNV) conquièrent la diputación de Bizkaye et dès janvier 1918 deux députés, Elguezabal et Landaburu, demandent à la diputación de créer Euskaltzaindia, proposition qui sera faite en septembre 1918 au cours du premier congrès des Etudes basques. Successivement, les trois autres diputaciones (Alava, Guipuzcoa, Navarra) adhèrent à l’idée et promettent leur concours financier. Déjà, en septembre 1918 quatre académiciens avaient été élus et, en septembre 1919, huit autres le furent et sur le total de douze figurent trois académiciens de citoyenneté française; de ce fait, l’Académie est une institution transfrontalière dès ses origines, qualité que l’on peut qualifier d’originelle et d’originale, marquant d’une manière durable la largeur de vue des créateurs. Le 7 octobre 1919, Euskaltzaindia se réunit pour la première fois, nomme son comité directeur ainsi que son président, Resurrección Maria de Azkue. La machine est en marche: outre le dictionnaire et la grammaire qui correspondent aux tâches normales d’une Académie, nos prédécesseurs sont préoccupés par le problème de la dialectalisation de l’euskara et, pour cela, souhaitent l’établissement d’un Atlas linguistique ainsi que la création d’une langue littéraire commune.
Quelques dix-sept années plus tard, éclate la guerre civile espagnole et, pour Euskaltzaindia, débute le temps des catacombes entre ceux qui sont restés en Pays Basque Sud, ceux qui ont choisi l’exil et ceux d’Iparralde interdits de séjour au Sud. A aucun moment cependant l’A-cadémie ne sera dissoute. Elle sort de l’ombre en 1941 sur l’initiative de la Diputación de Bizcaye.
Première évolution: le nombre d’académiciens passe de 12 à 18, les congrès reprennent, “Euskara”, la revue de l’Académie paraît.
Deuxième évolution: en passant de 18 à 24 une nouvelle génération avec le Congrès d’Aranzazu structure l’institution par la création des cinq commissions de recherche, s’attaque au problème de l’“euskara batua”, entreprend les grandes études de lexicologie, de grammaire, de dialectologie, d’onomastique et de littérature.
Dernière évolution: les académiciens à l’âge de 75 ans deviennent “émérites”, gardent leurs droits cinq ans, sauf celui de déléguer leurs pouvoirs en cas d’absence, mais de nouveaux académiciens sont nommés sur leurs fauteuils, d’où un rajeunissement constant. Dorénavant l’Académie est composée de 24 académiciens titulaires auxquels il faut ajouter les “émérites”. Ainsi va la vie!