Quand notre outil de production est le Bien Commun

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Michel Berhocoirigoin
Michel Berhocoirigoin
Gamarten laborari, Euskal Herriko Laborantza Ganbararen Lehendakaria, ELBko militante eta Confédération Paysanne-en sortzaileetakoa.
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A force de préférer l’ours ou le loup au berger, on risque de décourager les paysans…

A force de préférer l’ours ou le loup au berger, on risque de décourager les paysans…

Loin de la simplification trop souvent utilisée, voici un regard respectueux et équilibré, sortant de la caricature, sur l’agriculture, entre consommateurs exigeants et paysans vertueux. Une voie étroite à tracer.

Le métier de paysan a ceci de particulier que son outil de production est le Bien Commun. En effet, le paysan, pour produire des biens alimentaires, utilise la terre, l’eau, la biodiversité, les ressources naturelles locales, l’espace… autant d’éléments qui sont des biens communs.

A ce titre, chaque citoyen peut avoir des prétentions par rapport à ces Biens Communs. Chaque citoyen peut les ériger en valeur suprême, en citadelle à défendre envers et contre tous. Chaque citoyen peut s’attribuer le droit d’interdire ou d’exiger telle ou telle chose, notamment auprès des paysans qui se servent de ces biens communs comme outil de production : “Touche pas à ma terre !”, “Touche pas à mon eau!”, “Touche pas à ma tourbière !”.

Dans cette relation agriculture / nature, nous assistons à des bouleversements inédits dont on ne sait ce qu’ils peuvent produire. Pour la majorité des individus, l’eau vient du robinet, las salades et le poulet du supermarché. Il y a une rupture du lien entre terre et assiette. Pour une société de plus en plus urbaine, la montagne, l’espace, sont le bol d’oxygène et le calme qu’ils n’ont pas en temps “normal”. Plus les gens vivent hors sol et plus la terre devrait être préservée dans son état “nature”…

Pour la majorité des individus, l’eau vient du robinet, las salades et le poulet du supermarché. Il y a une rupture du lien entre terre et assiette. Pour une société de plus en plus urbaine, la montagne, l’espace, sont le bol d’oxygène et le calme qu’ils n’ont pas en temps “normal”. Plus les gens vivent hors sol et plus la terre devrait être préservée dans son état “nature”…

Pour beaucoup d’entre eux, il s’agit d’un comportement purement égoïste qui prend de l’ampleur au point de constituer une force sociale –sociétale– qui peut compter jusqu’à influer sur les politiques publiques.

Mais, il y a aussi des gens pour qui une approche similaire est motivée par une sensibilité environnementaliste qui peut aller jusqu’à penser que l’intervention humaine porte atteinte à la nature, alors que si on la laissait faire elle reprendrait ses droits…

La question de l’écobuage, de l’ours, des parcs à porcs basques même dans les systèmes extensifs sont des illustrations locales et actuelles de ce phénomène, tout comme la question des pistes vers les cabanes des bergers d’Aralar en Gipuzkoa.

Voie étroite

En tout cas, pour nous, paysans souhaitant promouvoir une agriculture respectueuse de l’environnement et répondant aux attentes des citoyens, les choses sont très compliquées et la voie est étroite.

Entre une agriculture industrielle qui oublie évidemment de compter ses coûts sociaux, énergétiques et climatiques, mais qui sait récupérer le souci environnemental en se prétendant la plus propre, avec ses élevages industriels hors sol hermétiques contrôlant la moindre fuite, avec ses monocultures de précision dirigée par satellite pour donner juste le produit qu’il faut, mais tout le produit qu’il faut, quand il faut, là où il faut… Entre une FNSEA, les chambres d’agriculture et les lobbys agroalimentaires qui tissent auprès des paysans un discours populiste sur ces écolos et consommateurs qui ne seraient là que pour emmerder, alors que le paysan, par définition serait vertueux… Du coup, avec eux, les Biens Communs sont tellement communs qu’ils n’ont d’autres utilités que d’être exploités à fond !

Oui, la voie est étroite pour promouvoir simultanément auprès des paysans l’idée que notre outil de travail est le bien de tous et qu’il nous faut donc le ménager et l’aménager (d’où tout le fondement de l’agriculture paysanne avec ses dimensions éthiques, politiques, scientifiques et techniques) et d’autre part auprès des citoyens l’idée que la nature n’existe pas dans l’absolu, que c’est un ensemble de ressources qu’il faut utiliser, par exemple avec des animaux qui pâturent et qui y laissent donc leurs déjections qui peuvent être entraînées par les eaux de pluies…

Dans les grands débats qui dessinent l’orientation de l’agriculture, on aime simplifier les choses: les intérêts des paysans d’un côté et ceux des citoyens-écolos de l’autre… Alors que la vérité est dans l’équilibre, la complexité, dans une ligne d’horizon sur laquelle il faut être positionné.

Mais à force de voir une seule face de la médaille, à force de préférer l’ours ou le loup au berger, on risque de décourager les paysans qui veulent justement tracer la voie étroite que je viens d’évoquer.

Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain…

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