
La disparition des fermes n’est pas une fatalité économique mais le résultat de choix politiques. Aides publiques, normes sanitaires et accès au foncier favorisent la concentration agricole au détriment de fermes paysannes pourtant plus durables et plus transmissibles.
Selon le ministère de l’Agriculture français, d’ici à 2030, un tiers des agriculteurs français prendra sa retraite. L’installation et la transmission ont toujours été pointés comme des enjeux stratégiques par les ministères, les syndicats, les élus… Mais force est de constater que ça ne marche pas très bien. Depuis un demi-siècle, chaque décennie qui passe voit disparaître son lot de paysans… A commencer par les plus petits d’entre eux malheureusement. Disons-le tout de suite : les plus petits ne disparaissent pas en premier parce qu’ils ne sont pas compétitifs, contrairement à ce que le syndicat FNSEA voudrait nous faire croire depuis longtemps. Ils disparaissent parce que les politiques publiques les soutiennent moins. Les aides publiques sont conditionnées au nombre d’hectares, au nombre d’animaux, à des planchers d’investissement… En définitive, une ferme à taille humaine, qui ne veut pas une concentration trop forte d’animaux, qui ne veut pas trop se spécialiser dans une seule production et souhaite au contraire diversifier ses productions, cultiver la biodiversité, travailler avec la nature, n’est pas avantagée par les politiques publiques. Pire, lorsqu’une ferme choisit l’élevage plein air, des circuits de transformation et de commercialisation locaux, elle doit bien souvent subir les mêmes règles sanitaires que les très gros élevages industriels hors sol tournés vers une production d’export…
Beaucoup de fermes ont disparu, et disparaissent encore… Les agriculteurs, qui étaient 2,5 millions en 1955 en France, sont moins de 500 000 depuis 2020 déjà. Au Pays Basque, même s’il y a une dynamique autour de l’installation, les fermes disparaissent également et beaucoup de paysans de plus de 55 ans n’ont pas de transmission assurée.
Comment relever l’enjeu de la transmission ?
En agriculture paysanne, on a l’habitude de parler de « transmissibilité » : on considère qu’une ferme sera transmissible si elle n’a pas trop capitalisé. En effet, dans un contexte économique difficile pour l’agriculture, traversée par de nombreuses crises sanitaires et qui doit faire face aux effets du changement climatique, il n’est pas simple de donner envie aux jeunes de s’installer. Sans compter qu’une fois décidé à embrasser le métier de paysan, le parcours n’est pas aisé, notamment hors du cadre familial où la transmission d’une ferme peut coûter excessivement cher à un repreneur. Les revenus des paysans ne permettent pas aujourd’hui d’accéder à des gros outils de production sans prendre un risque financier inconsidéré. C’est pourquoi, même si les politiques publiques ne nous sont pas complètement favorables, nous continuons à soutenir que les fermes doivent garder une taille humaine car nous les considérons plus durables. Dans cette perspective, la ferme a intérêt à se positionner sur des productions de qualité qui doivent lui amener une valeur ajoutée lui permettant de dégager un revenu pour vivre. Et pour pérenniser des systèmes de production de qualité, privilégiant des circuits de vente locaux, il est nécessaire que les citoyens soutiennent le monde agricole par une consommation de produits locaux. L’accès à la terre quant à lui est un obstacle majeur à l’installation et la transmission ; il peut être levé par un outil tel que Lurzaindia. Là encore, si le soutien citoyen mais aussi des collectivités était plus important, nous pourrions agir davantage.
L’accès à la terre quant à lui est un obstacle majeur à l’installation et la transmission ;
il peut être levé par un outil tel que Lurzaindia.
Là encore, si le soutien citoyen mais aussi des collectivités était plus important,
nous pourrions agir davantage.
Nos fermes en agriculture paysanne apportent aussi un autre « service » à la société car bien souvent, au-delà de transmettre un outil de production, elles modèlent les paysages, entretiennent la montagne, transmettent des savoir-faire, des variétés et des races locales qui font la richesse de notre patrimoine.
A notre petite échelle nous essayons par exemple de sauvegarder les variétés locales de la Cerise d’Itxassou. Planter des cerisiers de variétés locales peut aussi être une bonne idée pour se faire plaisir tout en prenant part à cet effort de sauvegarde ! (réservations possibles sur cerise-itxassou.com)
