
Affiches clonées, visuels standardisés : l’IA générative promet de simplifier la communication mais risque surtout d’uniformiser nos messages. Face à cette nouvelle normalité graphique, comment préserver l’identité et la créativité de nos organisations ?
Collectivités, commerces locaux, associations… Le même fond dégradé, le même encadré, la même typo, la même illustration, la même structure. Un seul et même style généré à partir d’intelligence artificielle, qui fleurit sur les vitrines mais aussi inonde les réseaux sociaux. A l’heure où la communication occupe une place essentielle, et où la forme est aussi, voire plus importante que le fond pour passer un message, le choix d’utiliser l’IA ou non pourrait dépasser la question éthique si nous voulons conserver la richesse de notre mouvement.
Tous les mêmes, tous les mêmes…
Comment reconnaître un visuel généré par une IA ? Une multiplication de textes et de détails, des aplats et encadrés, une ossature qui revient quasi systématiquement. Une signature qu’on apprend vite à repérer.
Pourquoi un tel engouement ? Une requête envoyée à une IA et, quelques instants plus tard, une proposition d’affiche, voire plusieurs propositions d’affiches. Cette pratique a su toucher de nombreux adeptes par sa simplicité. Au-delà de la rapidité d’exécution, la “création” ne nécessite aucune compétence en graphisme. Et en plus c’est de la main-d’œuvre à moindre coût ! Toutes nos organisations vont- elles finir par créer leurs affiches grâce à l’IA ? Est-ce la fin du métier de graphiste ?
… Et y’en a marre
De par la prolifération de ces visuels, c’est un sentiment de déjà-vu qui naît dans notre regard : les images générées se ressemblent, et c’est ce qui saute aux yeux. L’originalité disparaît, et on en vient à ne plus savoir les différencier ni à comprendre qui organise quoi. L’identité propre du commerce ou de l’organisation militante disparaît et le regard normalement guidé grâce aux codes d’une communication visuelle efficace se perd.
“Ne pas diffuser de visuels générés par l’IA, ce n’est pas seulement une manière de garder une cohérence dans nos pratiques, c’est aussi préserver l’identité de nos organisations, qui garantissent la richesse de notre territoire face à l’uniformisation.”
On se doit aussi de ne pas oublier l’impact écologique de l’IA : des centres de données qui nécessitent l’extraction de matières premières et de métaux rares, des déchets électroniques, une énorme consommation d’eau et d’électricité. Par exemple, selon l’Agence internationale de l’énergie, une question envoyée à ChatGPT utilise 10 fois plus d’électricité qu’une recherche Google(1).
Préserver notre richesse
L’IA générative peut nous aider à communiquer sur nos sujets et actions, nous et nos organisations à faibles moyens humains et financiers. Mais c’est avant tout un outil du capitalisme globalisé qui lui-même standardise les modes de vie, donc un facteur de standardisation de nos messages et de notre communication.
Ne pas diffuser de visuels générés par l’IA, ce n’est pas seulement une manière de garder une cohérence dans nos pratiques, c’est aussi préserver l’identité de nos organisations, qui garantissent la richesse de notre territoire face à l’uniformisation.
L’avenir aux affiches Word ?
Dans cet amas d’affiches surchargées et structurées de la même manière, est-ce qu’il ne faudrait pas, pour se démarquer, faire des visuels en Comic Sans MS ? Et pourquoi pas si c’est la solution pour garder notre spécificité avec nos moyens disponibles et ne pas participer à la standardisation de notre communication.
Avant d’en arriver là, il existe sans doute d’autres solutions. Le Pays Basque Nord regorge de talents graphistes, peut- être pourrions-nous imaginer une transmission de savoir ou bien une mutualisation de compétences dans le mouvement ?
L’idée n’est pas de laisser ses outils au capitalisme, mais d’apprendre à les appréhender et à connaître leurs limites.

