Habiter ne devrait pas rendre malade

Un logement touché par des problèmes d’humidité, au quartier le Grand Basque à Baiona (Crédit : Camille Chopin).

Depuis janvier, Alda mène une enquête sur les liens entre humidité et santé dans les logements sociaux au Pays Basque et a rencontré de nombreuses personnes concernées par des problèmes d’humidité. Ces problèmes ne relèvent pas d’une responsabilité individuelle mais d’un système défaillant. C’est un problème politique et qui nécessite une réponse collective.

Dans de nombreux quartiers populaires du Pays Basque, l’humidité fait partie du quotidien. Des plafonds noircis par les moisissures, des odeurs persistantes que l’on finit par ne plus sentir, des vêtements qu’on jette car moisis, des fenêtres qu’on ouvre sans arrêt pour évacuer la condensation importante. Dans ces logements, on tousse, on respire mal, on tombe plus souvent malade. Ces situations banalisées sont loin d’être marginales ou de représenter des cas isolés. L’humidité dans les logements n’est pas seulement une question de confort, c’est une question de dignité et de santé publique.

Des cas loin d’être isolés

Dans certains cas, être simplement chez soi aggrave son asthme ou ses allergies, favorise des infections chez les enfants ; les médecins préconisent même parfois un déménagement pour raisons de santé. Depuis janvier, une enquête sur les liens entre humidité et santé dans les logements sociaux au Pays Basque est menée par Alda pour identifier l’ampleur du problème. Elle a permis de rencontrer des locataires qui vivent ces situations.
Les infiltrations dans les murs, la condensation sur les fenêtres, les moisissures qui habillent le plafond de la salle de bain, Maëlle et sa famille (rencontrées à Ciboure lors de cette enquête) connaissent. Les maux de tête permanents, les essoufflements inhabituels, l’asthme sévère qui s’intensifie quand elle est chez elle, Maëlle connaît aussi. Adam (rencontré à Ustaritz lors de l’enquête) est arrivé il y a 2 mois dans son logement et attend avant d’installer ses meubles. Ses voisins lui ont dit que les trois locataires avant lui étaient partis à cause des problèmes d’humidité. L’odeur persistante et le développement de ses allergies depuis qu’il y habite indiquent que le coup de peinture qui a été fait avant de lui attribuer ce logement ne sera certainement pas suffisant pour résoudre l’humidité structurelle du bâtiment. Pour Maëlle et Adam, le corps médical recommande de déménager.

Certains collectifs de quartier accompagnés par Alda y sont aussi confrontés. Le collectif Alda Urdazuri à Saint-Jean-de-Luz a porté à la connaissance de son bailleur social, Office 64, de nombreux appartements du quartier qui sont touchés par les problèmes d’humidité et dont les locataires subissent des problèmes de santé.

Le Pays Basque est un territoire humide” s’entendent dire les locataires, mais tous les logements ne rendent pas leurs habitants malades à cause des moisissures, et tous les logements ne sont pas humides.

Une inégalité sociale

Comment se soigner quand on est incapable de soigner le bâtiment qui rend malade ? Ces situations ne relèvent pas du hasard ni de comportements individuels. Elles sont le fruit d’un abandon : une mauvaise isolation ou une ventilation défaillante augmentent le risque d’humidité, la moisissure demande une aération importante, donc on doit chauffer plus, etc. Les personnes précaires énergétiquement sont les plus touchées. En effet, de nombreux locataires installent des déshumidificateurs qui fonctionnent sans arrêt, effectuent tous les six mois des travaux à leurs frais, les factures énergétiques sont élevées. In fine, les locataires qui ont déjà des charges énergétiques importantes font aussi face à d’autres coûts liés aux moisissures : l’état de leur logement coûte à leur santé et à leur porte-monnaie.

“À force de sous-investissement et de renoncements politiques, l’État a abandonné les bailleurs sociaux pour la rénovation des bâtiments, ce qui a provoqué un entretien insuffisant du parc social.”

À force de sous-investissement et de renoncements politiques, l’État a abandonné les bailleurs sociaux pour la rénovation des bâtiments, ce qui a provoqué un entretien insuffisant du parc social. En fin de compte, l’humidité est un marqueur de classe.

Plus de moyens pour le parc social

Face à l’impasse dans laquelle se retrouvent les locataires victimes d’humidité, se regrouper et s’organiser pour montrer que ces problèmes ne relèvent pas de cas individuels mais d’un système défaillant permet de faire front ensemble et d’être enfin entendus. Pour rendre visible cette réalité collective et demander des financements à la hauteur de l’enjeu, l’enquête menée par Alda s’inscrit dans ce sillon. Parce que lorsqu’on parle d’une seule voix, l’humidité n’est plus un problème privé, mais une question politique.

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