Marie Cosnay

Marie Cosnay

Idazlea, Baionan bizi eta Saint-Martin de Seignanx-eko kolegioan latina erakasle da. Antikitateko testo itzultzailea da.

Pour nos hôtes étrangers: s’opposer, vouloir, agir

Sur la base de notre expérience d'animation de collectifs de solidarité avec les réfugiés et migrants, nous proposons une plateforme de réflexion et d'action ouverte à tou.te.s pour dire ensemble ce à quoi nous nous opposons, ce que nous voulons et ce que nous ferons nous-mêmes pour le construire (texte de Philippe Aigrain, Marie Cosnay, Pierre Linguanotto et Jane Sautière paru dans Médiapart).

Des années d’épouvante devant le sort fait aux étrangers, qu’on les appelle migrants, réfugiés ou comme les italiens du Sud nos hôtes. Des années à tenter par mille initiatives et actions quotidiennes d’améliorer ce sort, à fournir morceau par morceau les composants de l’accueil. Mille protestations et tant de témoignages de la richesse de ce qu’ils nous apportent. Après tout cela, il est temps de rassembler les fragments épars de nos pensées et de nos gestes et de dire ensemble ce à quoi nous nous opposons, ce que nous voulons et ce que nous ferons nous-mêmes pour le construire. (...)


Pour la Grèce: donnons !

Nous sommes nombreux à penser que les gouvernements européens, BCE, FMI, la commission européenne ne peuvent pas, sans que nous y perdions tous beaucoup en espérance et en avenir commun, empêcher la Grèce de mener la politique qu'elle tente de mener.

Et si nous, nous voulions malgré ces institutions payer pour la Grèce ? Non pas rembourser cette dette inique, mais soutenir un peuple grec qui a osé réaffirmer son droit à survivre et à être digne. Car le vote Syriza pour de nombreux Grecs est un vote de survie et de dignité.


A l’Agora

Mary arrive mais sans sa copine parce qu’elle vit un chagrin d’amour. Mary, bien maquillée, garde son bonnet. Ça va et toi ça va ça va. C’est normal, entre Sénégalais, on se pose la question et on donne la réponse, ça va et toi ça va ça va.

Mary a été kidnappée à l’âge de 5 ans, elle a connu le temps d’avant la colonisation, le temps des grands royaumes et l’esclavage.


Automne et caetera

Je croyais jusque là que quand on voulait y arriver, arriver aux mini-résultats, discutables, scandaleux même, qu’on s’est fixés, on ne pouvait pas être totalement cyniques : voilà le raisonnement.

Et le raisonnement à 13:00, de façon abrupte c’est vrai, avec ellipses c’est vrai, tombe, septembre 2014, devant un fils de 50 ans, hirsute et pour de bon sans dents.


Les mains dans la crise, Omonia, 14 juillet

Günther Anders explique, en 1950, que "l'inaptitude à la double vie fut sans doute la raison d'un phénomène qu'on dit énigmatique : la mise au pas des années 1933 à 1938. Celui qui n'acceptait pas la mise au pas ne devait pas rendre perceptible son refus du conformisme. Mais qu'est-ce qu'un non conformisme qui n'a jamais de raisons de s'exprimer en actes ou en paroles ?"

Notre non-conformisme 2014 refuse le discours médiatique et xénophobe et la rétention sans limite de ceux qui se déplacent pour travailler, manger. Mais que devient-il, notre non-conformisme, alors qu'aucune parole, aucune argumentation rationnelle, aucun acte insurrectionnel ne fait bouger la moindre chose, et bien au contraire : on apprend qu'en Grèce une loi prévoit d'enfermer sans limite de temps les plus pauvres d'entre nous, les plus mobiles. Nous finissons par vivre sur deux plans et comme nous n'y avons pas d'aptitude quelque chose du discours dominant nous rattrape.


L’Empire romain périra demain

Au moment où l'Empire romain s'effondrait, ou plutôt durant la longue période de guerres qui y mirent fin, tout au long des invasions barbares comme on disait et dit encore peut-être dans les manuels d'Histoire, on apprend aujourd'hui qu'auraient sévi des vagues de froid et des sécheresses prolongées : bref, le climat serait devenu fou.

Le climat devenait fou ; ce qui s'était construit à force de conquêtes et de violences, malgré la période du milieu, dite pax romana, ce moment d'Auguste et de grande fabrication architecturale et littéraire, se détruisait, s'effondrait.


Et je regrette l’hiver parce que c’est la saison du confort

On est à la fin du XIXème siècle quand Rimbaud regrette que l'hiver soit devenu, déjà, la saison du confort, du dedans, du dedans des villes, du dedans des maisons. La saison, pour les citadins du moins, où tout est à l'envers : on n'a pas froid. On n'a plus jamais froid. L'inconfort à quoi il faut s'accommoder, Rimbaud le regrette. La neige, les intempéries qu'on subit. Qu'on accepte de subir. Au lieu de quoi, confort.

On peut faire une lecture anti-bourgeoise du regret du tout jeune Rimbaud. Qui n'empêche pas cette lecture-ci : le regret de la perte de l'expérience et de ce qui cadence les temps de vie.


Faim n’est pas votre faim

Les revenants des camps de concentration ne reviennent pas. Charlotte Delbo, dans Auschwitz et après, explique très bien que personne ne revient, même ceux qui ont survécu, en apparence.

Après Auschwitz, les mots ont changé de sens, neige ne veut pas dire neige, froid ne vous donnera aucune idée du froid et faim n'est pas votre faim. Quant à la mort, ce n'est pas la mort et ce n'est qu'au retour, retour apparent, qu'une telle saura que sa sœur, morte à Auschwitz, n'est plus.


La langue des vaincus

C'est l'histoire de ce jeune héros dont la ville d'Asie Mineure, après 10 ans de siège, a été vaincue par ces Grecs qu'on connaît bien, si rusés et carrément traitres, avec cette histoire de cheval au ventre plein de guerriers cachés. Le jeune héros s'appelle Enée. Il prend femme, enfant, père (sur son dos), il prend les dieux du foyer, les Lares, en fait il prend son foyer avec lui et quitte la ville perdue. Emigrant, exilé, extirpé de Troie en flammes.

(...) c'est Virgile qui raconte, en latin, l'histoire de l'exilé transformé en conquérant, au moment de l'apogée et de la paix romaines, au tout début du 1er siècle après Jésus Christ.