Une voie possible pour un avenir désirable au Pays Basque

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Alki

Bixente Etcheçaharreta Président Du Pays Basque aux Grandes Ecoles

Faire du Pays Basque une terre d’entreprises et d’innovation qui nous permettra d’offrir des postes qualifiés aux enfants du territoire, de préserver nos savoir-faire et de les valoriser dans le monde… Ce rêve n’est pas nouveau.

Il a été porté par les générations qui ont permis la création de l’ESTIA et le développement d’un tissu industriel notamment par le mouvement coopératif dans les années 1980.

Si beaucoup reste à faire, les efforts réalisés par le passé nous offrent une situation plus favorable que ne l’était celle qu’ont connue nos parents.

Les fondements d’un écosystème de l’innovation existent, les incubateurs et pépinières d’entreprises essaiment sur le territoire, et nous bénéficions d’un embryon de formations supérieures.

Mais notre avenir n’est pas écrit et l’édifice demeure fragile.

La massification du tourisme fait même apparaître le risque d’un retour en arrière.

En effet, si les créations d’emplois qu’elle engendre sont indéniables, elles consistent bien souvent en des postes saisonniers et peu qualifiés qui offrent peu de perspectives aux jeunes du territoire. En leur promettant une place sur le territoire, ces emplois les détournent de formations qualifiantes et nous affaiblit collectivement en augmentant notre dépendance au tourisme.

Un autre avenir est pourtant possible. En construisant une économie plus forte qui se fonde sur nos savoir-faire et les projette dans le monde, nous pouvons garantir un développement davantage respectueux de nos équilibres, de notre identité et de notre environnement.

La trajectoire de la coopérative ALKI est symbolique de nos engagements passés, mais résume aussi l’effort de renouveau qu’il nous revient d’accomplir sur cette voie à emprunter pour un futur désirable au Pays Basque.

La jeunesse cherche dans les années 1980 à assurer son avenir sur le territoire. Les emplois, notamment industriels y sont trop peu nombreux pour leur garantir une place : tout pousse à partir. C’est alors, qu’inspirés par le modèle de Mondragon, des groupes de jeunes décident de créer leurs entreprises. La forme coopérative permet de mutualiser les ressources et de démarrer, la détermination et la solidarité palliant le manque de moyens et d’expérience. ALKI, comme beaucoup d’autres entreprises d’alors, naissent de cette volonté farouche de “vivre au pays”. L’entreprise basée à Itxassou connaît un certain développement avant d’être rattrapée par la crise : les meubles traditionnels plaisent moins et une concurrence à bas cout émerge en Europe. Le rêve peut brusquement se briser si l’entreprise ne se réinvente pas. Peio Uhalde, à la tête de la coopérative, fait alors en 2005 une rencontre qui va tout changer. Jean-Louis Iratzoki, un designer diplômé de l’école Boulle de Paris et de l’Ecole Expérimentale de Madrid suggère une voie possible pour sauver l’entreprise qui va être adoptée par les coopérateurs : monter en gamme la production et la différencier pour la mettre à l’abri d’une concurrence par les prix. Aujourd’hui l’entreprise exporte dans le monde entier et compte des clients très prestigieux. Les emplois sont préservés et même augmentent. Rien n’a été sacrifié, c’est même le contraire : cette révolution se fonde sur ce que nous avons de plus authentique – le travail ancestral du chêne – et le sublime par l’innovation et le design. ALKI est un exemple instructif, mais n’est pas un cas isolé.

Nous pourrions citer Pierre Oteiza qui est allé chercher jusque dans l’exportation de ses produits au Japon, les moyens d’un avenir possible pour la vallée des Aldudes. Avec Claude Carniel, son Directeur général diplômé de l’école d’agronomie de Nancy, ils ambitionnent désormais d’ouvrir le marché mexicain. Ces exemples soulignent l’importance pour le territoire de pouvoir compter sur une jeunesse suffisamment formée pour amplifier ce saut qualitatif de notre économie et pouvoir projeter nos productions dans le monde.

Or le territoire connaît un retard dans la formation de sa jeunesse qui obère cette mutation. Agir pour une population mieux formée est un premier pas vers la reprise en main de notre économie. Ce rattrapage agira mécaniquement sur notre écosystème en renforçant nos capacités d’innovation, d’anticipation et de projection.

Il empêchera l’hypertrophie du secteur touristique au détriment de l’équilibre des secteurs d’activités qui font notre force.

Il participera également à une société plus ouverte et méritocratique et fera émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs sur notre territoire.

Ce constat a présidé la fondation de l’association Du Pays Basque aux Grandes Ecoles qui agit dans les lycées du territoire afin d’encourager la poursuite d’étude vers les cursus sélectifs mais également les retours sur le territoire.

Ce faisant, nous nous approprions le rêve de nos parents, pour le faire grandir à notre tour et contribuer à le réaliser. “Izan direlako gara, garelako izango dira”.