Réferendum Ecossais

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David Lannes
David Lannes
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YesScotlandPlus que cinq mois avant la tenue du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse promise par Alex Salmond, premier ministre nationaliste du gouvernement autonome d’Edimbourg, lors de sa réélection en 2011. David Lannes revient sur les arguments et menaces brandies par les partisans du maintien au sein de la Grande-Bretagne.

“Pensez-vous que l’Ecosse devrait être un pays indépendant ?”. C’est le 18 septembre 2014, dans cinq mois à peine, que les citoyennes et citoyens écossais de plus de 16 ans devront se prononcer sur cette question. Le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse n’est donc plus une abstraction lointaine ! Partisans et adversaires de l’indépendance sont désormais en ordre de bataille, et l’on peut même déjà assister aux premières escarmouches…

La coalition “Yes Scotland” regroupe les formations prônant le “oui” au referendum ; on y trouve le Scottish Green Party, le Scottish Socialist Party et, bien sûr, le Scottish National Party (SNP) d’Alex Salmond, premier ministre d’Ecosse depuis 2007. Cette coalition nationaliste et de centre-gauche s’oppose à un bloc unioniste baptisé “Better together” qui est politiquement plus hétérogène puisqu’il rassemble les Travaillistes, les Conservateurs, et les Libéraux Démocrates. Si la coalition unioniste est toujours en tête dans les sondages, son avance s’est considérablement réduite ces derniers mois ; les intentions de vote pour le “oui” sont ainsi passées de 38% en novembre à 43% en février. Face à cette dynamique défavorable, “Better together” commence à montrer des signes de fébrilité…

Veto à l’union monétaire

C’est sur l’avenir monétaire d’une Ecosse indépendante que les unionistes ont décidé de concentrer leurs premières attaques. Tout comme 80% des Ecossais, Alex Salmond souhaite conserver la livre sterling. Il préconise pour cela l’instauration d’une “zone sterling” mutualisant la politique monétaire et le système bancaire, mais autorisant, sur le modèle de la “zone euro”, des politiques fiscales différentes. Par la bouche de son chancelier George Osborne, le gouvernement britannique a fait connaître son veto à une telle union monétaire ; les Travaillistes et les Libéraux Démocrates se sont aussitôt ralliés à cette position, enjoignant les indépendantistes de réfléchir à un plan B. “Bluff, fanfaronnade et intimidation!” a répondu Alex Salmond, s’appuyant sur les déclarations de Crawford Beveridge, le président de la commission fiscale du gouvernement écossais. Selon ce dernier, aucun des experts “n’a cru une seule minute que le chancelier était sérieux”. Cette commission fiscale, qui compte dans ses rangs deux prix Nobel d’économie (Mark Carney et Joseph Stiglitz), aurait même fourni de “très forts arguments en faveur de l’union monétaire […] qui est la meilleure option pour tout le monde”. La récente crise de l’euro montre certes que “partager une monnaie commune sans avoir un gouvernement fédéral est très dangereux”, comme l’a rappelé Paul Krugman, lui aussi prix Nobel d’économie, mais si l’Ecosse abandonnait la livre Sterling, les deux pays en pâtiraient : selon le SNP, les frais de transactions s’élèveraient à eux seuls à 500 millions de livres.

Les intentions de vote pour le “oui”
sont passées de 38% en novembre à 43% en février.
Face à cette dynamique défavorable,
“Better together”
commence à montrer
des signes de fébrilité.

Unies dans leur opposition à une union monétaire, les différentes composantes du bloc unioniste affrontent la coalition “Yes Scotland” en ordre dispersé. Les Conservateurs accusent le SNP, qui a en partie construit sa popularité sur une politique sociale-démocrate, de promouvoir un système d’Etat providence voué à la faillite. La dépense publique par habitant est en effet supérieure de £1325 par habitant en Ecosse par rapport à la moyenne de la Grande Bretagne ; un écart financé par les revenus pétroliers de la mer du Nord. Or, objecte le camp conservateur, ces revenus sont extrêmement fluctuants et disparaîtront à terme. En 2012-13, ils ont ainsi chuté de 41% pour un montant comparable à l’intégralité du budget de l’éducation, comme
l’a souligné “Better together”. Les indépendantistes affirment quant à eux qu’ils ont anticipé cette évolution en investissant massivement dans les énergies renouvelables (13,1 milliards de livres entre 2010 et 2013). Pas de quoi convaincre le camp conservateur qui, à l’instar de The Economist, estime que “l’Ecosse contemporaine n’est ni suffisamment riche pour se permettre de partir seule, ni suffisamment pauvre pour trouver grand chose à dénoncer”.

Contradictions

Dans leur opposition à “Yes Scotland”, les Travaillistes adoptent une stratégie opposée puisqu’ils accusent Alex Salmond d’être un “allégeur de charges ami des grands patrons”. Cela peut paraître surprenant au vu des bilans respectifs des Travaillistes et des nationalistes du SNP qui promet de plus de s’inspirer du modèle social nordique et qualifie l’Etat providence “d’investissement social, et pas de ponction sur l’Etat”.

Pour comprendre ce positionnement, il faut se souvenir du traumatisme pour les Travaillistes des élections de 2011 où une bonne partie de leur électorat s’était ralliée au SNP. Les Travaillistes considèrent le référendum comme la première étape d’une séquence électorale qui se poursuivra par les élections générales de 2015 et autonomiques de 2016. Pour reconquérir l’électorat populaire, ils promettent entre autres le gel des tarifs sur l’énergie, un salaire minimum, une tranche d’imposition à 50% et l’accroissement des compétences dévolues à l’Ecosse.

Ironie de l’histoire, tout cela ressemble énormément à la formule d’autonomie renforcée que les nationalistes voulaient proposer comme troisième choix lors du référendum, et que les unionistes avaient alors combattue. Par son aspect contradictoire, la position unioniste perd certainement en crédibilité et permet aux indépendantistes de s’en tirer à bon compte sur les imprécisions. Sera-ce suffisant pour convaincre les derniers indécis ? Selon les sondages, ces indécis sont plutôt à gauche (36% s’identifient comme travaillistes) et provenant des classes populaires. Les conservateurs cherchent à les convaincre à coups de bâton, les Travaillistes agitent des carottes pour les attirer, mais ce sont jusqu’à présent les nationalistes qui les ont les mieux traités…