Pour une stratégie de formation supérieure

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Juliette Bergouignan
Juliette Bergouignan
Beste artikulu batzu

BAYONNELa revendication d’une université de plein exercice pour Iparralde figure dans les quatre priorités de la plateforme Batera. Elle semble marquer le pas. Retour sur l’urgente nécessité d’une stratégie de formation supérieure pour notre territoire.

Voici près d’un quart de siècle que le district BAB, puis l’Acba, ont financé des infrastructures destinées au développement du Campus côte Basque de l’UPPA. Les présidents successifs de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA) promettent toujours le redéploiement de postes et le développement de filières sur la Côte Basque. Pourtant, force est de constater qu’au cours de cette période, les promesses n’ont pas été tenues et l’argent public du Pays Basque n’a pas eu les retombées escomptées : ouvertures de premiers cycles ( Bac +3) pour désengorger les amphithéâtres saturés de Pau, création de nouvelles filières, fruit de la volonté d’enseignants locaux motivés, sans véritable cohérence entre elles et sans visibilité pour le public. Résultat : l’essentiel des emplois universitaires ont été et sont toujours créés sur Pau, malgré les engagements de résorber le sous-encadrement au Pays Basque. Les effectifs de formation supérieure stagnent toujours autour de 5.000 étudiants (dont près de 3.000 pour l’UPPA) en incluant BTS et autres formations supérieures privées hors UPPA (CCI, ESTIA…). Si ce constat est un leitmotiv depuis des décennies, la donne a changé et il faut aujourd’hui faire preuve d’ambition et de volonté pour agir en profondeur.

Nouvelle donne

L’accroissement de la compétition internationale a débouché sur une concentration des moyens dans le cadre de Schémas Régionaux de l’Enseignement, la Recherche et l’Innovation (SRESRI). L’évolution vers l’autonomie des universités a eu comme conséquences des pressions financières, avec disparition de filières, fusion d’établissements et d’équipes de recherche, gestion par projet et précarisation des emplois. Dès lors, les universités sont dans l’obligation de chercher de nouvelles sources de financement (entreprises, fondations…). En phase avec cette logique de concentration, des Communautés d’universités et d’établissement (Loi du 22 Juillet 2013) ont vu le jour en remplacement des PRES (Pôles de recherche et d’enseignement supérieur). Récemment, un pas a été fait sur la voie de la reconnaissance institutionnelle du Pays Basque. La Communauté d’agglomération Pays Basque est née, qui s’est dotée de la compétence universitaire. Dans cet environnement concurrentiel, il ne s’agit pas de vouloir singer les grandes universités, dans la course au “ranking” du classement de Shanghai mais de s’appuyer sur les savoir-faire existant sur le territoire, notre identité, les expériences intéressantes et les relations transfrontalières tant culturelles qu’économiques et universitaires. Dès lors, il est urgent de définir une stratégie ambitieuse et transfrontalière pour l’enseignement supérieur en Iparralde. Cela appelle la mise en place d’un comité de pilotage local, comprenant élus, socioprofessionnels et membres d’associations ou de fondations représentatives des dynamiques du territoire, comité dans lequel les instances universitaires ne seraient qu’un membre parmi les autres membres représentatifs. L’intelligence collective et adaptée aux réalités économiques locales est porteuse de projets innovants et répondant aux besoins du pays. Au côté de l’enseignement et de la formation, la recherche est un levier fondamental du développement de l’enseignement supérieur. Développer des laboratoires de recherche autour des axes forts définis localement répondant à des besoins plutôt qu’à une course à la publication dans des revues internationales doit être la priorité pour notre territoire. Enfin, un autre axe de développement indispensable est la mise en place de formations supérieures continues pour permettre à des publics adultes de développer leurs compétences et d’évoluer au cours de leur vie professionnelle.

Développer des laboratoires de recherche
autour des axes forts définis localement
répondant à des besoins
plutôt qu’à une course à la publication
dans des revues internationales
doit être la priorité pour notre territoire.

Un modèle original

En conclusion, l’université de demain en Iparralde ne doit pas être une UPPA bis, mais se spécialiser filières complètes, pour atteindre un haut niveau dans quelques domaines en lien avec le territoire. Elle doit faire preuve d’originalité, d’innovation tant dans les cursus proposés que dans les modalités d’apprentissage et les méthodes pédagogiques innovantes (alternance, projets terrain…). La transition énergétique, l’agroalimentaire dans le respect de l’environnement, l’économie sociale et solidaire, l’écoconstruction, l’étude des milieux marins…. sont des pistes à travailler. Transferts de technologies et créations d’emplois peuvent en découler. L’université que nous dessinons sera plurilingue. Elle favorisera la transversalité et le contact avec les réalités du terrain. Sa forme juridique pourrait être un collège coopératif ou une université de Technologie analogue à celle de Compiègne. Elle devra refléter ce que nous sommes, là où nous sommes en associant de nombreux acteurs, comme a su si bien faire le monde paysan autour d’Euskal Herriko Laborantza Ganbara qui travaille sur une agriculture durable, paysanne et respectueuse de l’environnement en sortant du corporatisme paysan pour associer d’autres acteurs, notamment les consommateurs et les collectivités locales.