Nouvelle-Calédonie ou Kanaky ?

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie-ren burasoak Bigorre-etik etorri dira Euskal Herrirat beren lehen 4 haurrekin, 60 hamarkadaren hasieran. Baionan hazi ondoren, euskal kantuaren bidez erabaki du euskotar bilakatzea eta euskara, bertako biztanleen hizkuntza, ikastea. Kultur eta politika arloko militante gisa, idazkera egiazko arma literario bat dela pentsatzen du. 80 hamarkadaren erditsutan, Ekaitza astekariaren sortzaileetakoa eta 1992an Baionako hiru hilez behingo Kutzu adizkariaren sortzaileetakoa da. Enbatan hilabetero kronika bat egiten du 2012ko urtarriletik geroz.
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NC-NouméaPeuplé depuis trois ou quatre millénaires par des populations mélanésiennes, ce petit univers insulaire perdu au milieu du Pacifique entre dans le viseur des Européens à la fin du XVIIIe siècle.

James Cook, le grand navigateur britannique, est le premier à apercevoir ces terres qu’il baptise “New Caledonia” parce qu’elles lui rappellent l’Écosse, dont c’est l’ancien nom.

En 1853, les Français en prennent possession. Paris entend faire de cette nouvelle conquête une colonie de peuplement, comme l’ont fait les Anglais en Amérique, en Nouvelle-Zélande, en Australie et surtout comme le général Bugeaud est en train de le faire en Algérie.

Il y a 30 ans, le 6 novembre 1988, les citoyens français entérinaient à 80% des voix —et 37 % de participation— les Accords de Matignon qui donnaient un nouveau statut transitoire sur une période de 10 ans dans le cadre d’un référendum sur l’autodétermination de cet archipel situé à 22 heures de vol et 18 000 km de la mère patrie.

 Il y a 30 ans, le 6 novembre 1988,
les citoyens français entérinaient à 80 % des voix
—et 37 % de participation—
les Accords de Matignon qui donnaient un nouveau statut transitoire
sur une période de 10 ans
dans le cadre d’un référendum sur l’autodétermination de cet archipel.

En 1998, l’accord de Nouméa “la blanche(1) repoussait de 20 ans la date de la consultation d’autodétermination avec limitation du corps électoral. Celle ci aura finalement lieu ce 4 novembre 2018. Et tous les sondages donnent le “non” à l’indépendance victorieux.(2)

Complexité culturelle

Les deux journées d’Alternatiba de début octobre, malgré le temps exécrable, ont aussi permis de faire de belles rencontres. Dont celle de Maëlys Vésir, 26 ans, à Paris depuis 6 ans et journaliste au magasine Kaizen (3) qui a participé au débat “Communiquer autrement sur l’écologie”.

C’est son ascendance qui aura retenu mon attention. Père martiniquais et mère caldoche par sa mère(4) et métis kanak par son père. Les ingrédients étaient donc réunis pour un échange autour de ce singulier héritage. “Mon sang est assez multiculturel. Ma tante est kanak et habite dans les îles Loyauté. Toute la famille vit en tribu. Petite, j’ai appris tout ce qui concerne les coutumes. Et comme je suis métis, je me suis toujours questionné sur mon identité. En Nouvelle- Calédonie, il y a un brassage aussi assez important avec des javanais, des wallisiens, des tahitiens : nous sommes devenus une société multi culturelle même si chaque ethnie vit de façon plutôt autonome.

Ainsi, la Nouvelle-Calédonie connaît une grande diversité linguistique. Il y existe 27 langues, dont 4 ayant le statut de langues dites régionales (le drehu, le nengone, le paicî et l’ajië) et 11 dialectes kanaks, formant un sous-groupe des langues océaniennes, au sein de la branche des langues malayo-polynésiennes et de la famille des langues austronésiennes.

Et le peuple kanak dans tout çà ?

Ce peuple premier est minoritaire (5) sur son territoire où il représenterait 40% de la population globale selon le recensement de 2014.(6)

“A la veille du référendum, il y a pas mal de tensions. Et il demeure toujours des plaies ouvertes depuis les années 80 avec ce que l’on appelle toujours les événements. Et cela nourrit des fantasmes du style : si on devient indépendant, les kanaks viendront tuer les autres ethnies avec leurs machettes. Pour autant, en cas d’une victoire du non, il pourrait y avoir des réactions fortes de certaines tribus. D’autres parlent de destin en commun car être calédonien c’est être tout à la fois Kanak, javanais, wallisien, caldoche, tahitien… Aussi, moi je me dis que l’indépendance c’est maintenant ou jamais. Même si je pense que depuis 30 ans on a un peu raté le coche. Car avec trop d’élus locaux incompétents et corrompus, nous n’avons pas préparé consciencieusement les conditions d’une indépendance efficiente. Et notamment la question de l’enseignement supérieur, peu développé, auquel très peu de jeunes kanaks ont accès. Le tiers des jeunes calédoniens faisant leurs études en France. De même, nous pourrions créer une union océanienne, à l’image de l’union européenne, afin de développer les liens avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada. Nous exportons le nickel, nous avons aussi des ressources maritimes… Il y a un territoire à valoriser notamment pour une transition écologique.”

Et la consultation du 4 novembre ?

Les sondages donnent à peu près 60% pour le non. Les politiques français et une partie de la presse écrite ou parlée ont réussi à nous persuader que sans la France, nous ne sommes rien. Quoi qu’il en soit, mon projet serait de fonder mon média en Nouvelle-Calédonie pour valoriser des initiatives positives citoyennes pour faire bouger sur la question du climat. Le Pacifique est une des zones les plus touchées par le changement climatique. Les cyclones sont de plus en plus nombreux. Et puis il y a nombre de peuples colonisés comme les aborigènes en Australie, les Maoris en Nouvelle-Zélande ou les Kanaks chez nous : ce sont des peuples premiers dont il faut valoriser l’existence. Au final, cela peut surprendre mais je ne sais pas encore si je vais voter oui ou non au référendum”.

(1) Ce texte prévoyait le transfert de certaines compétences de la France vers la Kanaky dans de nombreux domaines à l’exception de ceux de la défense, de la sécurité, de la justice et de la monnaie.

(2) Voir à ce sujet la chronique Les jolies colonies ! de décembre 2017 sur enbata.info

(3) Tiré tous les deux mois à 35.000 exemplaires, Kaizen donne, depuis 2012, la parole aux citoyen-nes qui souhaitent construire un monde plus solidaire et écologique. La revue met en avant les solutions et s’intéresse à tous les domaines de la société : agriculture, santé, habitat, énergie, gouvernance, culture, éducation…

(4) Le terme “caldoche” désigne la population blanche essentiellement d’origine européenne (mais pouvant avoir connu un fort métissage) et installée depuis plusieurs générations. Beaucoup préfèrent le terme plus neutre, et plus générique de Calédoniens.

(5) Le terme de “kanak” vient de l’hawaïen kanaka signifiant “homme”, “être humain” ou “homme libre”.

(6) La loi du 6 janvier 1978 dispose qu’il est “interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques [...] des personnes”. Toutefois, des dérogations sont possibles, à condition de respecter certains critères. En Nouvelle-Calédonie, tous les recensements effectués font état de la “communauté d’appartenance” des habitants du Caillou.

 

4 Comments

  1. Bestaven
    Posted 05/11/2018 at 18:46 | Permalink

    Bonjour Jean Marc,

    On attribue fréquemment au peuple Kanak, le droit du premier occupant, victime du colonialisme que l’on a fermement blâmé depuis quelques dizaines d’années seulement, à juste titre.
    Pourtant, la controverse soulève l’ambiguïté du jugement à postériori et aveugle, de situations du passé vécues en leur temps comme sociétales et répandues.
    Que dire des Bagnards, envoyés par bateaux, pour qui la seule option leur peine terminée était de faire souche. Ce passé a été longtemps tu, honteux et traumatisant.
    Viennent ensuite les aventuriers, grands comptoirs et commerçants, puis les “Métro”, les Bestaven (5 ans) et j’en passe…
    Avec les derniers arrivants, Tahitiens, Indonésiens, Wallisiens, ont poussé dans et autour de Nouméa, bidonvilles et squats avec son lot de délinquance, situation de dénuement à laquelle n’échappent pas les Kanaks.
    Tout cela complexifie l’approche et la compréhension du phénomène d’évolution de la société Calédonienne et ses aspirations.
    Bien à toi.
    Besta

    • Jean Marc ABADIE
      Posted 13/11/2018 at 13:06 | Permalink

      Merci pour ton témoignage Besta !
      Mon écrit est forcement incomplet. D’autant que je n’ai qu’un regard parcellaire n’étant pas spécialiste de la question… Et, contrairement à toi, n’y ayant jamais vécu !
      Il aurait fallu moult pages pour s’approcher un peu plus de cette complexité, de l’histoire de cette île et des bagnards et de la situation sociale de certaines communautés. Sans oublier l’alcoolisme…
      Pour autant, je me suis appuyé sur ce témoignage qui me paraissait singulier et pas manichéen.

  2. XAN DELPECH
    Posted 06/11/2018 at 10:23 | Permalink

    Petit article intéressant au lendemain de ce référendum historique :
    https://caledosphere.com/2018/11/06/la-gueule-de-bois-des-loyalistes-lespoir-des-independantistes/

    • Jean Marc ABADIE
      Posted 13/11/2018 at 13:12 | Permalink

      Merci Xan pour cet éclairage post électoral !

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