L’empire d’essence (2)

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie-ren burasoak Bigorre-etik etorri dira Euskal Herrirat beren lehen 4 haurrekin, 60 hamarkadaren hasieran. Baionan hazi ondoren, euskal kantuaren bidez erabaki du euskotar bilakatzea eta euskara, bertako biztanleen hizkuntza, ikastea. Kultur eta politika arloko militante gisa, idazkera egiazko arma literario bat dela pentsatzen du. 80 hamarkadaren erditsutan, Ekaitza astekariaren sortzaileetakoa eta 1992an Baionako hiru hilez behingo Kutzu adizkariaren sortzaileetakoa da. Enbatan hilabetero kronika bat egiten du 2012ko urtarriletik geroz.
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EmpireCela a très mal commencé. Le choix de la couleur, d’abord. Celle du Ricard — poufferont les railleurs— mais aussi de cette maudite étoile. Et de ce terme moqueur à l’endroit des ouvriers qui ne participent pas aux mouvements de solidarité et/ou de grèves dont ils seraient pourtant potentiellement bénéficiaires en cas de succès d’une lutte. A la décharge des initiateurs du mouvement des gilets jaunes, il faut dire que tout le monde est détenteur de cet apparat intimement lié à la voiture. La tenue est à la fois accessible et reconnaissable. D’autant qu’elle peut aussi faire référence aux salariés des travaux publics. Elle est donc aussi marquée du sceau des travailleurs confrontés à de dures conditions d’exercice de leur métier. Et puis, on l’a vu, sa genèse repose sur un trop plein… qui coûte de plus en plus cher ! L’essence donc qui, pourtant, n’a jamais été si accessible financièrement(1) mais qui focalise sur elle tous les griefs liés au coût de la vie tellement la progression rapide de son coût fut notable entre l’augmentation concomitante du prix du baril et de la taxe carbone.  Par extension, a émergé, parmi la pléthore de revendications protéiformes, un sentiment d’une véritable injustice fiscale.

Le péril jaune

Il est vrai que ce mouvement inédit bouscule et interroge. Tantôt sombrant dans la beaufitude, tantôt flirtant sur des postures libertaires. Alors que la règle jusqu’alors était le “pousse toi d’ là que je m’y mette”, on a rarement vu autant de leaders potentiels refuser d’aller se faire inviter à Matignon ou à l’Élysée ! “Des femmes et des hommes souvent situé.e.s entre le haut des classes populaires et le bas des classes moyennes, venu.e.s remettre frontalement en questions les dynamiques inégalitaires…” soulignent trois journalistes d’Alternatives économiques dans leur billet du 21/12. Et de préciser : “L’écart entre le niveau de vie moyen des 10% des français les plus pauvres et celui des 10% les plus riches était de près de 48.000 euros en 2016 contre “seulement” 37.000 euros en 1996.”

A cela vous rajoutez d’un côté le poids des dépenses contraintes (logement, assurances, abonnements…) qui s’alourdit, et de l’autre les retraites, les APL et les allocations familiales qui n’augmenteront que de 0,3% en 2019 et 2020. Puis vous mélangez ces ingrédients avec une série de mesures qui ont grévé le pouvoir d’achat des plus pauvres tout en confortant celui des plus aisés. Pour enrober le tout, vous saupoudrez d’un zeste d’arrogance présidentielle, et vous vous retrouvez face à un cocktail détonnant.

On rit jaune

Car il aura fallu plus d’un mois de mobilisation, dix morts et environ 1.400 personnes blessées (en date du 22/12/18) pour que cette fronde agrégée par les réseaux sociaux, initialement étiquetée de populiste, et pourtant soutenue majoritairement par une large frange de la population, interpelle aussi tout le spectre de l’engagement organisé à gauche. Il aura aussi fallu prendre sur soi pour dépasser les sempiternelles Marseillaises et autres drapeaux français brandis comme marques d’appartenance nationaliste alors qu’un mouvement social, tel que nous le rêvons, n’a pas à glorifier les plus bas instincts de l’homme. Racisme et antisémitisme inclus. Au mépris initial est venu se greffer un questionnement politico philosophique qui vient heurter nos convictions de citoyens investis collectivement dans la vie de la cité sur des thématiques qui ont très souvent dépassé nos propres intérêts personnels. L’heure est -ou serait, c’est selon- à la compréhension et aussi au soutien, à minima moral, du fait même de convergences de luttes comme celles du 8 décembre qui a réuni, à Bayonne, la militance écologiste et une partie des gilets jaunes autour de la lutte contre le réchauffement climatique. Une autre corporation a aussi participé à un certain rapprochement de courants de pensées et de comportements initialement bien éloignés : les forces dites de l’ordre.

Les poulets sont vaches !

Et elles sont toujours choyées, ces forces, avec une revalorisation des salaires à la clef pour de bons et loyaux services rendus à l’Etat alors que les autres fonctionnaires se retrouvent être Gros-Jean comme devant. Même si les informations sont difficiles à trouver, et avec la limite de données comparatives entre Etats, la France ferait partie des pays en pointe en matière de présence policière : 356 agents pour 100.000 habitants. Aux violences commises par des groupuscules et certains gilets jaunes ont répondu, ici ou là, des exactions policières terribles, visibles sur les réseaux sociaux. Ici, une personne sur fauteuil roulant se faisant malmener puis renverser. Là, des manifestants se faisant violenter, parfois sans raison. Et chez nous à Biarritz, la jeune Lola, 18 ans, recevant un tir direct de flash-ball en plein visage. Résultat : joue arrachée, dents cassées et mâchoire fracturée. Il y a-t-il une enquête de l’IGPN, la police des polices ? Oui. Le policier incriminé sera-t-il poursuivi ? Peut être. Sera-t-il condamné ? Heu… (2)

C’est la chute finale ?

Alors, que restera t-il de ce mouvement bien singulier et disparate ? Ira-t-il de façon majoritaire jusqu’à proposer une refonte totale des institutions françaises, de son système électoral inique centré sur l’élection présidentielle et assez éloigné d’un système parlementaire vraiment représentatif ? Voudra t-il cesser de cumuler des insatisfactions personnelles pour s’investir dans de vraies solidarités, la nécessaire transition énergétique accouplée à la justice sociale ? Arrivera- t-il à botter hors de ses entrailles la chimère maléfique de l’extrême droite ? Pourra-t-il renvoyer dos à dos un père Noël par trop consumériste et un olentzero par trop pollueur ? Parce-que, finalement, le risque pour les classes sociales les plus en difficulté serait, comme bien souvent, de finir comme le héros de ce film franco-japonais réalisé par Nagisa Oshima et sorti en 1976. Étranglé et émasculé. Urte berri on deneri ! Quand même…

 

(1) Voir l’Empire d’essence sur enbata.info

(2) L’organisation non gouvernementale Amnesty International estime que l’IGPN ne met que rarement en cause les comportements illégaux des policiers. Cette administration serait en effet victime de fortes pressions de l’autorité supérieure (ministère de l’Intérieur), qui ferait tout pour que les « bavures » policières soient couvertes.

One Comment

  1. etchverry
    Posted 17/01/2019 at 09:22 | Permalink

    ce mouvement pose la question a quoi sert l’impôt? Et cette réflexion est étouffée, par l’administration centrale. Celui qui rapporte le plus la TVA est absorbé par les dépenses de structure de l’etat jacobin. La CSG, est lui aussi absorbé par les dépenses de structure au lieu, de corriger les disparités locale. c’est immense appareil administratif de contrôle, rend l’appareil d’état impotent au quotidien. Le temps de travail de la police nationale est le meilleur exemple, personne ne sait ce que fait un policier dans sa journée, se sont eux qui fixent leur mission . c’est le symbole m^me de la lourdeur de l’etat jacobin, il aura suffit de quelques groupe Black bloc bien organisés, et la defense de Paris et de l’Elysée a finit de tourner à l’humiliation de l’etat. les images ont ete terrible, pour cela. Le mouvement des gillet jaune remet en cause l’etat jacobin montre sa faiblesse, et son besoin de reforme. On le fera par le rabot qui est un echec, ou par l’autonomie des collectivités et une réaffectation de l’impots et des cotisations sociales sur les territoires.