L’illégalisation comme mode de “gouvernance” par Xabi Larralde

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L’illégalisation de la gauche abertzale mise en place par le PP sous le gouvernement de J. M. Aznar est aujourd’hui utilisée par le PSOE comme un véritable de mode de “gouvernance”. C’est patent en Euskadi où le PSE a pu ravir la présidence par le biais d’une majorité espagnoliste qui s’est imposée grâce à l’éviction d’une frange importante de l’électorat abertzale. L’illégalisation constitue actuellement une pièce maîtresse du maintient du statu quo en Hegoalde. Ainsi, offrir l’opportunité d’une expression électorale forte au camp indépendantiste supposerait un profond chamboulement de l’échiquier politique, avec en perspective, une reconfiguration à terme de la donne institutionnelle actuelle. C’est là un des enjeux des élections locales du 22 mai. L’autre enjeu est évidemment lié aux possibilités de développement d’un processus de dépassement du conflit. Alors que va-t-il se passer à l’occasion de ces élections? La décision du tribunal suprême espagnol d’interdire à toutes les listes de Bildu de s’y présenter est tombée le week-end dernier. Or, faut-il le rappeler, Bildu est une coalition électorale portée juridiquement par EA et Alternatiba, c’est-à-dire par deux partis légaux jusqu’à aujourd’hui, dont l’un a été un parti de gouvernement en Euskadi jusqu’à récemment… Cette décision représente en soi, un nouveau précédent grave car elle fait visualiser la possibilité de l’illégalisation d’un pan supplémen-taire du camp indépendantiste basque… Cette décision sera-t-elle validée par le tribunal constitutionnel espagnol? On se dit à priori, que non, qu’ils n’iront pas jusque là… Mais ces dernières années nous ont montré que des pas inimaginables pouvaient bien être franchis et que des records pouvaient encore être battus en matière de répression et de négation des droits les plus élémentaires… A l’heure où les lecteurs d’Enbata liront ces lignes la position du tribunal constitutionnel espagnol sera connue, la messe sera dite… Mais j’anticipe un peu ce que pourrait être le scénario du pire pour souligner que si l’interdiction des listes de Bildu était avalisée cela impliquerait deux conséquences extrêmement graves pour la scène politique basque. Cela supposerait tout d’abord la “neutralisation” d’EA en tant que force électorale puisque des centaines de ses militants seraient frappés d’inéligibilité pour ces élections-ci mais aussi peut-être pour les suivantes. En effet, l’état d’exception en He-goalde étant ce qu’il est, la pratique veut que des personnes ayant figuré dans des listes ou coalitions électorales “interdites” par le passé soient susceptibles de “contaminer” des listes présentées lors de scrutins suivants. C’est ce qui se passe ce coup-ci avec des dizaines et des dizaines d’élus municipaux d’ANV qui ont pourtant été élus en 2007 et ont effectué la totalité de leurs mandats. La seconde conséquence a trait évidemment aux possibilités de déroulé d’un processus de dépassement du conflit. Car fondamentalement, ce processus consiste à redonner l’exclusivité au champ politique de manière à configurer une modalité démocratique de résolution. Or, l’interdiction des listes de Bildu signifierait évidemment que l’Etat espagnol a décidé de rétrécir encore plus les possibilités d’action du projet indépendantiste dans l’espace politique, ce qui constituerait une décision totalement irresponsable au vue des pas franchis par la gauche abertzale ces derniers mois. A contrario, si le tribunal constitutionnel invalidait la décision du tribunal suprême pour autoriser les candidatures de Bildu, je ne doute pas que nous nous situerions alors à l’aune d’une nouvelle ère pour Euskal Herria.

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