L’Assemblée d’AB vote la reconduction d’Euskal Herria Bai

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Par Peio Etcheverry-Ainchart

Dresser un bilan personnel de l’AG d’AB de samedi dernier en qualité de porteur de l’une des deux motions principales concernant le vote sur les cantonales, tel est le cahier des charges dressé par Enbata. Une bonne idée, pour un exercice de style difficile. En effet, comment rendre compte de plus d’une heure de débats en quelques dizaines de lignes sans caricaturer, simplifier, voire trahir? J’y renonce lâchement, mais en arguant tout de même du fait que rien ne me semble avoir été dit d’essentiel qui ne figurait déjà sur l’argumentaire des motions. Le sens politique de la décision prise samedi me sem-ble assez clair. Pour le reste, je ne peux que formuler la satisfaction —voire la fierté—que j’éprouve à être membre d’un parti où la démocratie interne et le niveau de débat sont si remarquables, et reconnaître à toutes les parties prenantes, quelle que soit la motion défendue, l’admirable point commun de s’investir dans la recherche des meilleures voies pour faire avancer l’abertzalisme, même si ces voies paraissent parfois différentes.
Par ailleurs, je tiens à souligner que le débat sur les cantonales est loin d’avoir été le seul point au riche ordre du jour de samedi dernier, ce qui me fait souligner que pour AB les élections sont un élément important de l’action politique mais pas le seul. Les domaines balayés par le bilan moral et les autres motions votées suffisent à montrer la maturité d’AB et la richesse de sa palette, et je fais entièrement confiance au nouveau secrétariat —dont je ne fais désormais plus partie— pour les développer encore.
Par contre et pour en rester aux cantonales, autrement intéressante me semble être la lecture à donner de l’alternative proposée à l’AG et des débats parfois tendus qu’elle a générés. L’éditorial d’Enbata de la semaine dernière parlait de la «centralité d’AB». Je suis totalement d’accord avec cette formule, et je pense même que le champ des possibles n’aurait pas été aussi large il y a encore quelques années, cette centralité étant à mon avis la rançon d’un succès plutôt récent. D’aucuns, notamment parmi ceux que cela arrange de le penser et surtout de le dire, parlent de crise à AB. Si crise il y a, ce qui me semble aussi clair que l’eau du port de Bilbao, c’est plutôt une crise de croissance. L’opposition entre les deux motions est celle de deux options qui fonctionnent et non l’issue d’un constat d’é-chec: Euskal Herria Bai est la formule qui a permis à l’abertzalisme d’Iparralde de con-naître lors des élections de 2007 et 2008 ses meilleurs résultats historiques, et l’alliance d’AB avec Europe-Écologie fut également une énorme réussite lors des européennes 2009. Devoir ferrailler autour de ce choix est un luxe, celui d’un parti dont la stature gagnée depuis dix ans l’a propulsé au rang de partenaire souhaité de tout le monde, du PS au Modem en passant par les Verts et évidemment les autres tendances abertzale. Dans ce contexte, j’ai déjà exprimé mon choix quant à la voie stratégique à suivre, inutile de le rappeler ici.
Mais même si l’AG avait préféré la motion d’alliance AB-Verts, il n’en serait pas moins resté que cette centralité n’est pas due aux résultats électoraux des trois dernières an-nées, mais que ce sont au contraire ces résultats qui en sont le fruit et le reflet. La cause de cette centralité réside dans le travail fourni au quotidien dans tous les domaines, dont la validité politique et la crédibilité technique ont changé la vision par la population des abertzale, ou au moins de certains d’en-tre eux. Les élections sont un instant T de la vie politique, où l’on cherche à valider dans les urnes le travail fourni au quotidien. La configuration décidée en vue d’une élection peut considérablement renforcer ou affaiblir la centralité d’AB, mais j’ose penser que le fondement réel de celle-ci ne disparaîtra pas tant qu’AB continuera d’être ce parti à la fois abertzale et de gauche, à la fois radical et pragmatique, l’alternative la plus crédible face à l’UMP et au PS en Iparralde.
C’est ce qui me mène à conclure qu’en admettant que ceux qui croient voir une crise dans AB aient raison, la pire erreur qui pourrait être commise au sortir de l’AG de samedi ou d’une future AG serait justement de casser l’outil et l’option politique qu’il représente. Surtout en ce moment où les lignes bougent tant dans le panorama politique d’Iparralde que dans celui du Pays Basque en général. Comme tout être humain en fin d’adolescence, AB connaît sa crise de croissance mais ce n’est qu’un aléa. Sous le gringalet boutonneux perce le parti adulte qui a déjà commencé à changer ce pays.

Par Jean Marc Abadie, scénari électoraux (presque) imaginaries

Scénario n°I: ouf! On l’a échappé belle!
Dimanche 24 octobre 2010: Nouvelle radiophonique: «L’assemblée générale d’AB d’hier soir a opté par 84 contre 69 voix pour le rassemblement des abertzale et des écologistes». Le mouvement abertzale référent en Iparralde a donc décidé de montrer à la majorité non abertzale et non originaire du Pays Basque, sur le BAB comme ailleurs, des signes d’ouverture et de main tendue, loin de l’image des tenants d’un espace fermé et excluant. Le combat fut âpre, basé sur un débat démocratique interne souvent inégalé ailleurs, même si certains y voient in fine un risque majeur d’implosion d’AB.
Vendredi 24 décembre 2010: A cette veille de Noël, la liste abertzale et écologiste (EH/EE) a présenté ses candidat(e)s déguisé(e)s en Olentzero et Père Noël. Certain(e)s ont été reconnu(e)s: Marie Ange T., Alex D., Inaki C., Maite Z., Philippe E., Maialen E., Jean Marc A., Marie F., Isabelle G., Jean Claude I., Alice L., Daniel O., Lucien B., Jean P. I.. Forte présence écologiste sur les cantons du BAB (4 titulaires sur cinq) et à contrario cinq titulaires abertzale dont deux seuls sont encartés dans un mouvement abertzale se présenteront dans les cantons de l’intérieur, accompagnés de deux suppléants écologistes.
Lundi 21 mars 2011: Les scores obtenus par EH/EE se situent entre 10 et 17 % sur le BAB et entre11 et 44 % sur les cantons ruraux. Le candidat Daniel O. avec 44 % dans le canton d’Iholdi essayera de prendre le siège de Jean Louis C. (46 %) qui est en ballotage défavorable. Dans les cantons de Tardets et Garazi, la liste EH/EE fait presque jeu égal avec les deux autres candidatures arrivées en tête. Les observateurs notent l’émergence d’une force nouvelle. Cette ouverture là a fait que nombre d’habitants installés depuis relativement peu de temps en Pays Basque ont fait le pas de soutenir des tandems composés aussi d’abertzale.
Mardi 22 Mars 2011: Presque partout (hormis Hasparren et La Bastide), et notamment sur le BAB, la coalition EH/EE arbitre le second tour face à l’enjeu que représente le basculement du Conseil général au profit du PS. Les tractations vont bon train autour des 4 points mis en avant par la coalition: un referendum initié par le CG sur les thèmes d’une collectivité territoriale Pays Basque et sur les voies nouvelles LGV, une communication bilingue de tous ses actes (basque et occitan selon les territoires du département), un développement concret et authentique de la solidarité intergénérationnelle.
Vendredi 25 Mars 2011: Coups de tonnerre: nombre de candidats participants au second tour portés tant par le PS, l’UMP ou Le Modem se sont montrés favorables, à quelques nu-ances près, aux points minimum mis en avant par EH/EE. En réponse, des crispations très fortes naissent au sein des ces partis hexagonaux notamment dans leurs instances départementales. Un spécialiste du monde po-litique local, Peio E.A., affirme que «les abertzale et les écologistes, par le rythme adapté et la stratégie différenciée qu’ils impriment en Iparralde, sont déjà, dans les esprits tout du moins, les grands gagnants de ces élections».

Scénario n°II: ou l’épreuve de la réalité
Samedi 23 octobre 2010 à 19 h: Une militante dépitée annonce que l’assemblée générale d’AB vient d’opter par 84 voix contre 69 pour l’alliance exclusive avec Batasuna (et le groupuscule EA) dans le cadre de la coalition d’EH Bai. «Je suis écœurée et très déçue. Les % des adhérents d’AB habitent sur l’intérieur. La réalité sociologique de ce petit Pays Basque Nord est exactement l’inverse. Les Basques y sont minoritaires et leur salut ne viendra pas par le repli sur soi. J’ai l’impression que les décisions sont prises de manière affective, simpliste voire angélique. Mais pas politique». Et de ra-jouter: «S’ouvrir aux autres, ce n’est pas perdre son âme. C’est au contraire élargir son audience, l’enrichir en démontrant vouloir sortir d’une culture collective marginale qui forgeait jusqu’alors notre identité. Dans ce vote, ce qui s’est joué, c’est un peu une bataille sémantique entre deux courants: «un nationalisme» de construction opposé à un «nationalisme» étriqué, de repli».
Vendredi 24 décembre 2010: Bravant le froid, une partie des candidats désignés, non sans peine, par EH Bai, s’exclament devant l’antenne bayonnaise du CG, «Euskal Herria ez da salgai!» et exigent la mise en place de «véritables négociations entre les gouvernements français et espagnols» afin de répondre au 23ème communiqué d’ETA (depuis juillet dernier) qui indique qu’il faut «donner la parole au peuple basque». Parmi les manifestants, on pouvait reconnaître quelques candidats bas-ques aux futures cantonales comme Manex P., Xabi L., Miren I., Mattin E., Jakes B., Mirentxu L., Jean Claude I., Arantxa O., J. Dominique I., Iraultza Z. et Charles E.
Lundi 21 mars 2011: Les scores obtenus par EH Bai ont mis en évidence le décalage entre les cantons du BAB (de 4 à 7 %) et de 9 à 44% dans les cantons ruraux. Dans les trois grandes villes de la côte, les candidats d’EH Bai ont fait de la figuration avec notamment trois résultats n’atteignant pas la barre des 5% comme en 2004 (Anglet-Nord, Biarritz-Ouest ainsi que Bayonne-Nord). Dans les deux autres cantons bayonnais Ouest et Est, Jakes B. améliore modestement son score précédent atteignant 6,01% tandis que Xabi L. obtient un 4,99% rageant. A noter la très belle performance de Daniel O. (Iholdi, 44%) en ballotage favorable face au sortant, et J. C. I. (Garazi, 22%) —tous deux soutenus aussi par Europe Ecologie— qui participera à la triangulaire avec Frantxoa M. (PS) et Jean Marie M. (Modem). Par ailleurs, les écologistes qui étaient présents dans les cinq cantons du BAB (ainsi qu’à Hasparren) ont réalisés des scores assez importants notamment à Anglet-Nord (13,6%), Bayonne-Ouest (14, 2%) et Bayonne-Nord sous la houlette de Marie Ange T. qui tutoie les 16%.
Mardi 22 Mars 2011: Les résultats des candidats d’EH Bai sur la côte ne leur permet pas de jouer les troubles fête. Il n’y aura aucune consigne de vote de la part des abertzale qui renvoient dos à dos droite et gauche. Sur l’intérieur, pas de consigne non plus des candidats d’Hasparren (7,40 %), La bastide (14%) et Tardets (9,60%) qui ne peuvent se maintenir. Là, le vote abertzale du premier tour restera sans lendemain.
Vendredi 25 Mars 2011: Sentiment très mitigé à la veille de ce second tour chez les abertzale. Alors que l’espoir de voir un second abertzale (Daniel O.) siéger aux côté d’Alain I. au Conseil général palois se précise, grâce au désistement en sa faveur de la candidate socialiste, des commentaires nourris émanant de la base d’AB remettent en cause une stratégie globale qui manque d’ambition, pas intégratrice et qui nous «tire vers le bas». Du genre «les Basques restent entre Basques». Les scores plutôt calamiteux des candidats côtiers abertzale au regard de la dynamique positive enregistré par Europe Ecologie, laissent entrevoir la poursuite d’un grand malaise: pourquoi est-on passé à côté d’un saut qualitatif et quantitatif pour le mouvement abertzale?

Le nouveau secrétariat d’AB
élu à l’unanimité

Abadie Jean-Marc, Aire David,
Bortayrou Jakes, Colson Jean-Michel, Espilondo Pierre, Garay Joseba,
Gastambide Arño,
Horatzarene Daniel, Ithurbide Mikel, Maillard Jakes, Mendiboure Artzai, Sainte Marie Andde (porte-parole)