En Béarn aussi… par Jean-Louis Davant

A la suite de ma Tribune libre «minorité n’est pas français» du 2 septembre 2010, je recevais d’un correspondant béarnais, Gilbert Narioo, la lettre suivante datée du 30 septembre. Elle est toujours d’actualité pour ce qui est d’analyser la proche histoire de nos langues, ses conséquences sur leur actuelle situation critique, et les raisons profondes que nous avons d’améliorer celle-ci de façon décisive.
«Je viens de lire “Minorité n’est pas français” dont un passage de la deuxième colonne me rappelle de cruels souvenirs: l’école de Balansun, la terrible “rentrée” en octobre 1934, quand j’avais six ans. Ne sachant aucun mot de français, je l’ai appris, on me l’a inculqué, à coups de règle sur la tête, sur le bout des doigts, j’en ressens en vous lisant la douleur cuisante. La dolor escosenta. J’ai porté le bonnet d’âne aux gran-des oreilles rouges, j’ai été “gavé de sons étrangements indigestes”. L’institutrice, au nom bien béarnais, n’en prononçait jamais un mot. Elle avait été, avant de venir à Balansun, institutrice une dizaine d’années à Larribar-Sorhapuru. Elle prononçait ce nom en roulant bien, en exagérant les R. Pas étonnant si les écoliers basques étaient des sauvageons avec un nom de village aussi absurde! Elle avait souffert au Pays Basque, disait-elle, mais elle avait maté les Basques, elle materait les Béarnais! Le moindre mot béarnais dit en classe méritait le bonnet d’âne. La classe était l’enfer. La récréation, la sortie le soir, la libération, le béarnais qui s’exprimait librement: “aquera carronha, que m’a heit mau! Que n’èi va bonha sou cap!”.
L’école de l’absurde. Pour nous inculquer le français elle se servait du béarnais. Santat > santé, serada > soirée; que canta, il chante; que cantan, ils chantent. Mais interdit de parler béarnais!
Heureusement, cette institutrice, je ne l’ai eue que deux ans, une autre est arrivée qui nous a fait chanter en béarnais, jouer des pièces de théâtre en béarnais.
Lorsque j’ai commencé à travailler comme instituteur remplaçant en 1947 à St-Germain-en-Laye, l’inspecteur m’a dit que pour enseigner dans cette région, je devais corriger “mon accent rocailleux, mon accent basque de Carcassonne”… Ils ont voulu me faire parler pointu, je n’ai pas supporté, j’ai démissionné à Noël. Un an après, en Allemagne, pendant mon service militaire, au cours d’un stage chez les Américains, un instructeur, officier anglais, s’est étonné de mon “bon accent” anglais. Je savais prononcer naturellement les H. “Vous prononcez facilement Haus o house alors que vos collègues français disent “aous””. Je lui expliqué que dans ma langue maternelle les forgerons se dit los haurs prononcé comme house o Haus. Il m’a fait dire des phrases, a écouté, noté, pour conclure: “en gascon, vous avez pratiquement toute la phonétique anglaise, toutes les diphtongues, le son H est un gros avantage…” Cet officier savait ce qu’était la langue d’Oc, que ce son H nous venait du protobasque. Moi je ne le savais pas. Et voila qu’à mes yeux, le “patois” que l’on avait voulu m’arracher devenait supérieur au français. L’avantage du gascon s’est confirmé au cours des années passées à l’étranger. L’accent béarnais même m’a servi pour l’anglais, l’allemand, l’espagnol, le catalan, le grec. J’ai toujours vu les “Franchimands“ (Français du nord) handicapés par leur accent. La conférence du psycholinguiste Jean Petit m’a confirmé ce que j’avais constaté.
Le français, langue que je sais presque aussi bien que le béarnais, m’est devenu au cours des années une langue étrange, étrangère. Les autres langues que je con-nais plus ou moins me sont bien plus agréables à l’oreille. Grâce à la télévision par satellite, je peux écouter l’Europe, je me sens européen. Les chaînes radios et télévision à préfixe France me paraissent enfermées dans un communautarisme étroit: le communautarisme nationaliste et jacobin français. J’écoute la radio basque et la ETB. Je regarde les parties de pelote de mon enfance. Je ne comprends pas le basque mais j’aime entendre le basque. C’est ma faute si je ne comprends pas, j’aurais pu apprendre. C’est trop tard, je le regrette.
Voilà ce que m’a rappelé votre article. Adishatz e hèta beroi, Gilbert Narioo».

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