Eux, c’est nous !

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Anaiz Aguirre de Bizi et Cédric Herrou, paysan devenu un des symboles de la solidarité avec les migrants.

Ce samedi 24 mars au rond-point de l’Europe de Biarritz, le mouvement Bizi a lancé une campagne de solidarité avec les migrant-e-s intitulée “Eux, c’est nous ! EtorkiZUna”. Alda reproduit ici la lettre ouverte qui en résume les motivations. Nous reprenons également ici le témoignage de Damien Carême, maire de Grande- Synthe, qui explique comment il est possible de traduire dans la pratique le “devoir d’accueil, d’asile et de solidarité” auquel appelle Bizi ! Damien Carême sera à Bayonne les vendredi 20 et samedi 21 avril, dans le cadre du Forum “Penser l’immigration autrement, agir localement” qui se tiendra à l’Auditorium Jean Grenet de la Cité des Arts. Il interviendra aux côtés de nombreuxses spécialistes des migrations comme l’ethnologue Violaine Carrère ou François Héran, professeur au Collège de France sur la chaire “Migrations et sociétés”.

Migrants, déplacés, exilés, réfugiés… Eux, c’est nous !

Seuls, en famille, avec leurs enfants, ils fuient la guerre, la répression, la misère, la montée des eaux ; ils quittent des territoires devenus inhabitables du fait d’événements météorologiques extrêmes, à cause de pénuries d’eau potable, de terres devenues impropres à l’agriculture ou d’un environnement pillé et contaminé. Les pays industrialisés y sont pour quelque chose. De la colonisation au système-dette et aux échanges inégaux actuels ou aux guerres du pétrole et autres minerais, une bonne partie de notre développement actuel s’est construit sur le pillage de leurs ressources, la déstabilisation de leurs sociétés et de leurs économies. Nos émissions de gaz à effet de serre sont historiquement à l’origine des dérèglements climatiques actuels dont les conséquences affectent aujourd’hui en priorité les pays du Sud.

Donc, eux c’est nous, et nous ne pouvons fuir nos responsabilités. Nous avons un devoir d’accueil, d’asile et de solidarité, non seulement avec les réfugiés politiques et les populations fuyant la guerre ou la répression, mais également avec les réfugiés économiques, les déplacés climatiques, les migrants environnementaux.

Ne construisons pas notre propre prison

Eux, c’est nous car l’Europe forteresse qui se construit, aux portes desquelles viennent mourir des dizaines de milliers de migrant-e-s, deviendra notre propre prison. L’Europe devra de plus en plus se militariser pour tenter d’être étanche, et pour gérer les conséquences prévisibles du désespoir que cela engendrera chez des millions de personnes n’ayant plus rien à perdre.

Est-ce là le monde que nous voulons ? Que nous souhaitons à nos enfants ?

Nous devons stopper cette dérive, à commencer par le projet de loi Asile-Immigration porté par Gérard Collomb. La Cimade, association historique de solidarité et de soutien aux migrant-e-s et réfugié- e-s, le qualifie de “texte dangereux” bafouant les garanties et droits fondamentaux, et rendant possible une accentuation de la maltraitance institutionnelle.

Agir maintenant

Mobilisons-nous d’urgence pour exiger son retrait ! Participe aux actions de la campagne “Eux, c’est nous !”, par exemple ce mardi 3 avril à 9h devant le centre de rétention d’Hendaye. Viens au Forum “Penser l’immigration autrement, agir localement” organisé les 20 et 21 avril par Atherbea, Bizi et Etorkinekin. Manifeste avec nous le mardi 1er mai à Bayonne.

EtorkiZUna

TU es important-e ! Ton action face au sort que nous réservons aux migrant-e-s et aux réfugié-e-s dessine, dès aujourd’hui, un avenir commun différent, humain, pacifique, juste et solidaire. Un avenir dont nous pourrons être fier-e-s.

Florence Aniotz (Saint-Pée-sur-Nivelle), Nicolas Balerdi (Urrugne), Barth Camedescasse (Bayonne), Xabi Camino (Saint-Pée-sur-Nivelle), Elise Dilet (Bayonne), Magali Lartigue (Espelette), Jon Palais (Came), Nerea Peponnet (Ciboure), Sabrina Ravetta (Mouguerre), Eva Sallaberry (Saint- Pierre-d’Irube).

PHOTO DC

Damien Carême, Maire de Grande-Synthe

Tous ensemble, pour un accueil assurant des conditions de vie dignes

Maire de Grande-Synthe (22.000 habitants) depuis 2001, Viceprésident de la Communauté Urbaine de Dunkerque (en bordure de la mer du Nord) et président d’honneur de l’association des maires Ville & Banlieue de France (AMVBF) Damien Carême a également été élu régional. Dès 2011, il a engagé sa ville dans une réelle transition écologique avec de nombreux programmes de social-écologie : Grande-Synthe est la première capitale française de la biodiversité, ville zérophyto, territoire à énergie positive. Les cantines sont bio et la santé sur ce territoire industriel et ouvrier est une préoccupation majeure tout comme la pratique du sport ou l’accès de tous à la culture. C’est dans ce contexte et en raison de sa situation géographique, à 30 km de Calais, en immédiate proximité de l’Angleterre, que la ville de Grande- Synthe, depuis 2008 est un lieu de passage des migrants.

Naissance d’un camp humanitaire

A l’été 2015 et en raison des conflits notamment syrien, la “pression migratoire” sur la commune s’est soudainement accrue passant de 60 à 80 réfugiés à 200 en août et plus de 1.200 à l’automne. C’est pour répondre avec dignité à cette affluence que le Maire de Grande-Synthe a pris la décision avec le soutien de Médecins Sans Frontière, d’Emmaüs et des associations locales, d’ouvrir en 2016 sur son territoire le premier lieu humanitaire en Europe, l’État français acceptant finalement d’accompagner la ville dans cette démarche de gestion. Malheureusement en raison à la fois de la fermeture de la “jungle” de Calais et du manque de place en CAO, l’affluence a conduit progressivement à des tensions internes et à l’incendie du camp le 30 mai 2017. Aujourd’hui, Damien Carême réclame au nouveau gouvernement français la mise en place d’une véritable politique migratoire globale et la création de structures de transit sur l’ensemble du littoral de la Mer du nord de Calais à Grande-Synthe afin d’accueillir provisoirement les réfugiés avant leur éventuel départ en CAO. Refusant de se résigner, le maire de Grande-Synthe poursuit ses efforts pour gérer la situation avec un minimum d’humanité et de dignité. Dans une intervention réalisée en février au Conseil économique social et environnemental, Damien Carême appelait l’État à faire preuve de lucidité et de responsabilité.

“Après la disparition du lieu d’accueil, les réfugiés ont continué à venir jusqu’au mois de décembre où ils étaient environ 150 dans les sous-bois sans accès à l’eau, aux sanitaires… Le 12 décembre on a réouvert un gymnase pour mettre ces personnes à l’abri avec un minimum d’infrastructures pour permettre à ces personnes de maintenir leur dignité et pour que personne ne soit dehors en période hivernale, jusqu’au 31 mars prochain.

De la présence de l’État…

Il y a eu 450-500 centres d’accueil et d’orientation qui ont ouvert en France. On n’en entend jamais parler car ça se passe bien (pas de conflit, ni d’exaction, ni de problème de sécurité publique) et ils sont bien acceptés par la population. Dans les médias on entend parler des lieux où il n’y a pas d’accueil suffisamment dimensionné où les gens sont en errance (Paris, Calais et quelques autres communes). L’État doit mettre en place des structures suffisantes là où sont les exilés. Ça sera le cas de notre territoire car les frontières avec l’Angleterre n’allant pas bouger, c’est toujours ici que les réfugiés voudront transiter. Cela n’est en aucun cas favoriser les réseaux de passeurs, faire des points de fixation ou d’appel d’air. On l’a prouvé à Grande-Synthe où le camp humanitaire avait plus de 1.200 personnes au départ puis trois mois plus tard on n’était plus qu’à 700. Quand tous les services fonctionnent ensemble (quand les personnes peuvent partir dans les CAO). La situation des exilés et réfugiés en France va continuer comme partout en Europe. Et ça va être de pire en pire dans les années et décennies qui viennent. Donc, on doit se structurer en France et organiser cet accueil pour que toutes les personnes présentes ne dorment pas dehors et puissent avoir des conditions de vie dignes d’êtres humains, et que l’État prenne en charge et travaille avec les autorités locales, élus locaux et les associations locales. Sur ce problème-là on a besoin des uns et des autres, on doit travailler de concert. L’expérience de fonctionnement des CAO des deux dernières années montre que quand c’est bien fait, ça fonctionne et que tout le monde l’accepte.

… à l’acceptation par la population

En fait je pense qu’en France on est un pays accueillant et que ceux qui dans les sondages se manifestent contre l’accueil sont les personnes qui n’ont jamais été confrontées à ces populations ou à ces êtres humains. On voit que le problème des réfugiés est le même que celui des SDF. Suite à la décision d’ouverture d’un centre pour SDF par la Mairie de Paris dans le XVIe arrondissement, j’ai en mémoire l’image des élus qui étaient injuriés par la population dans les réunions publiques. La maire Anne Hidalgo a tenu tête, a continué et a ouvert le centre de mise à l’abri des SDF. Actuellement on n’en entend plus parler et même les habitants du XVIe viennent apporter des habits et de la nourriture aux SDF du centre. On a le même problème avec l’accueil des exilés en France. Même dans les cas où des manifestations ont eu lieu avant l’ouverture de certains CAO, dès qu’ils ont été ouverts… on n’a plus entendu parler des manifestations. Aucun des CAO n’a dû fermer suite à un quelconque problème. On a d’ailleurs le cas de CAO qui ont dû fermer après la période hivernale pour lesquels les élus locaux et associations sont allés voir l’Etat afin de lui demander de les laisser ouverts car il s’y passe des formes de solidarités très intéressantes.”