Catalogne à la une

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La une du dernier Charlie hebdo cette semaine. Elle est suivie d'un éditorial à vomir, "La connerie ou la mort", signé par Riss. Après l'islamophobie, la catalanophobie.

La une du dernier Charlie hebdo cette semaine. Elle est suivie d’un éditorial à vomir, “La connerie ou la mort”, signé par Riss. Après l’islamophobie, la catalanophobie.

Sa revendication d’indépendance fait la une des journaux européens. La plupart, soit demeurent du côté du manche, c’est-à-dire espagnol, soit renvoient dos à dos les deux protagonistes dans le meilleur des cas. Cet océan de conformisme où le substrat centraliste est permanent, avec l’abondance de qualificatifs critiques, négatifs ou méprisants à l’égard du projet catalan, la mise en avant de tous les arguments des espagnolistes, tout cela rend la lecture de la «grande presse» assez pénible. Ses a priori et son aveuglement font que l’on s’interroge sur le traitement qu’elle fait d’autres sujets d’actualité, en particulier tout ce qui évoque le monde musulman et ses soubresauts. Tant sont grands son européo-centrisme et sa morgue, toujours masqués derrière de grands et beaux principes universalistes. La palme en ce domaine revient sans doute à la une de Charlie Hebdo et à son éditorial catalanophobe, ils combleront d’aise tous les abertzale qui ont clamé et affiché «Je suis Charlie» lors d’une grande union sacrée. Dans cette marée assez nauséabonde, quelques voix discordantes s’élèvent. Enbata publie ici deux tribunes favorables à l’émancipation catalane, parues récemment dans le quotidien Le Monde. Désormais, plus personne sur la planète ignorera que le peuple et les institutions catalanes demandent l’indépendance.

Per Catalunya ! la liberté des nations doit l’emporter

Quel est ce «droit» qui prétend nier celui des «peuples à disposer d’eux-mêmes»?, s’interroge le philosophe Yves Roucaute. Professeur de sciences politiques à Paris X-Nanterre et auteur de plusieurs ouvrages dont La puissance d’humanité, éditions François-Xavier de Guibert, 2011.

“Le mardi 10 octobre, en proclamant ouvert le chemin de l’indépendance, en donnant un temps pour le dialogue et en -dénonçant la stratégie de peur déclenchée par Madrid, le président de la région de Catalogne, Carles Puigdemont, a appelé chacun à sa responsabilité. ” Nous ne sommes pas des fous, pas des putschistes “, mais ” un peuple ne peut accepter un cadre qui ne lui convient pas “. L’Europe restera-t-elle sourde, une fois encore, à la demande pacifique de cette Catalogne qui réclame depuis quatre siècles le droit de choisir son destin ? L’Espagne persistera-t-elle à jouer le conflit civil au lieu de l’apaisement ?”(…)


La diabolisation des Catalans est inutile et injuste

Dans une tribune au journal Le Monde, parue le 12 octobre 2017, Nicolas Marty, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Perpignan Via Domitia, estime que le débat soulevé par les velléités sécessionnistes catalanes conduit de nombreux commentateurs à présenter une image fausse d’une crise prévisible.

“Le référendum n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel sans nuages. Cette crise était prévisible. Elle s’appuie sur la convergence entre un sentiment profond de la société catalane et un ensemble de faits récents. La Catalogne se considère très largement comme une nation. Mais ce n’est pas un nationalisme borné et chauvin. Les Catalans sont des gens ouverts sur le monde, très favorables à l’Union européenne (UE) ; ils ne défendent en aucun cas un nationalisme de puissance, mais plutôt un nationalisme d’existence. La force de ce phénomène a été décuplée par une séquence politique qui, depuis 2010, a vu le gouvernement espagnol enchaîner une invraisemblable succession d’humiliations et de manifestations d’autoritarisme.” (…)