A l’ombre des “longues peines”

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Anne-Marie Bordes
Anne-Marie Bordes
Beste artikulu batzu

LonguesPeines1

Comme Edmond Siméoni le fit en Corse, il nous faut revenir sur le drame des prisonniers politiques basques. Re-situons cette ardente obligation dans l’esprit du prix Nobel de la paix, le bayonnais René Cassin.

La prison ne rime pas avec le respect et la dignité dus à chacun. Les “droits communs” n’échappent pas non plus à cette règle non écrite. Qui dit “longues peines” dit prisonniers basques bien sûr. Et dit aussi prisonniers de droit commun.

L’Hexagone est loin d’être exemplaire en la matière qui par exemple, refuse toute liberté conditionnelle à ces hommes arrêtés au printemps 1990 et jugés pour appartenance au commando “itinérant” d’ETA. Trois d’entre eux, Frédéric Haranburu “Xistor”, Jakes Esnal et Jon Parot, furent interpellés et jugés en France, le quatrième, Unai Parot, en Espagne. Toutes demandes de liberté conditionnelle refusées, les trois premiers condamnés à la réclusion à perpétuité, le quatrième à près de 5.000 années de prison, ils se dirigent droit vers leur trentième année de détention. C’est d’eux dont il sera entre autres questions lors de la manifestation du 12 janvier à Bayonne avec pour leitmotiv la fin des mesures d’exception appliquées aux prisonniers basques. En d’autres termes, place au respect de la loi.

C’est des preso dont il sera question lors de la manifestation du 12 janvier à Bayonne
avec pour leitmotiv la fin des mesures d’exception qu’il leurs sont appliquées.
En d’autres termes, place au respect de la loi.

C’est une histoire bien différente, mais tout aussi édifiante, qu’est venu raconter Louis Perego, l’ancien braqueur, transféré et transbahuté de prison en prison, parvenant (à l’arrache) à y acquérir un vrai bagage intellectuel. Une maitrise de psychologie sociale. “Moi, fils d’ouvrier je devais aller à l’usine après mon certificat d’études. On n’y échappe pas. Mais l’éducation que j’ai reçue m’a permis de ne jamais perdre mon humanité. J’ai commis des braquages sans jamais dépasser le stade de la menace. J’ai gardé cette humanité en moi… Ils m’ont considéré comme un animal mais je ne l’ai jamais été. Reste que les blessures sont là et leurs traces aussi”. Sorti de prison il y a 20 ans, il ajoute : “Je suis toujours privé de mes droits civiques. Je suis un ancien détenu, c’est mon statut social”.

Dans les profondeurs du mitard

C’est à la Médiathèque de Bayonne que l’homme s’exprimait ainsi le 10 décembre dernier(1). A ses côtés, sa compagne Annette, “issue d’un milieu aisé, chrétien” selon ses propres mots. Elle expliquait à quel point l’incarcération emprisonne les familles : “La peine m’a appris la haine et amenée à vivre la violence de la prison à travers les cas individuels. Elle n’apporte rien !

Ce jour-là, la Médiathèque célébrait à sa façon, le 70e anniversaire de la déclaration des Droits de l’Homme (ou des Droits Humains selon l’acception actuelle), dont l’un des pères naquit à Bayonne. René Cassin bien sûr.

C’est à travers l’écriture que Louis Perego s’est d’abord révélé. Au fil de deux ouvrages, Retour à la case prison (paru en 1990) et Le coup de grâce (1995), ce dernier préfacé par Gilles Perrault.

L’ancien avocat d’extrême gauche (qui se veut d’ailleurs toujours ardent défenseur de la cause basque) y jetait un regard sans l’once d’une concession sur l’ordre carcéral à la française(2). Condamné en 1992, à 12 ans de prison par la Cour d’Assises de Bourg-en-Bresse, au terme d’une remise en liberté conditionnelle réussie d’un an et demi et d’un effroyable “gâchis judiciaire”, Louis Perego allait donc ramener ses lecteurs dans les profondeurs du mitard, dans l’exiguïté des cellules surpeuplées, infestées de blattes et cafards, dans les parloirs trop brefs et toute ces années sans soleil.

Difficile de faire confiance

Révélé par l’écriture, l’homme l’a aussi été bien plus tard, par le biais d’une pièce de théâtre intitulée Après l’ombre, sortie en mars 2018, représentée plus d’une quarantaine de fois. Des répétitions préalables, a été tiré un documentaire doté d’un titre identique. 1h33 de durée. Un huis clos lourd, pesant, un révélateur sans fard plein de dignité. On y retrouve donc Louis Perego (19 ans de prison), sa compagne Annette (8 ans de parloirs), André (35 ans de prison), Éric (18 ans de prison) … Documentaire diffusé dès mars 2018, fruit d’un énorme travail sur soi, de doutes et d’hésitations, jusqu’à ce que chacun accepte de se jeter à l’eau.

Difficile en effet d’accorder sa confiance à cet intrus qui braque sa caméra sur soi. Louis, par exemple, redoute que le spectateur se retrouve trop dans l’émotionnel. Il finira par se livrer sans se départir d’une certaine pudeur. L’une des scènes les plus frappantes du document reste celle d’Alain, faisant des va et vient mécaniques dans un champ. Ses mouvements sont en réalité calqués sur ses allées et venues en cellule. Le mur, trois pas, le mur, trois pas, le mur… Et ainsi de suite jusqu’à satiété dans un cercle où le respect des hommes est loin d’être pain quotidien. Hors prison et pourtant toujours en prison.

Le respect des droits individuels

C’est donc à l’automne dernier qu’a été célébré le 70e anniversaire de la déclaration de l’Homme, coïncidant avec le cinquantième anniversaire du Prix Nobel de la Paix décerné en 1968 au Bayonnais René Cassin. L’espérance créée par ce texte (adopté en 1948 par 45 Etats souverains), fut énorme en ces lendemains de Deuxième guerre mondiale. Elle avait laissé une grande partie du monde exsangue.

Vous avez dit Droits de l’Homme ? 70 ans plus tard ? Ils sont largement bafoués. Aucun continent n’y échappe au moment où croît l’exigence de droits communautaires (culturels, religieux) entrant en collision avec le respect des droits individuels souverains (liberté et dignité pour chacun) défendu par la Déclaration de 1948. Les porteurs de ce texte qui s’étaient abstenus d’établir quelque différence que ce soit entre races, sexes et religions, se voulaient absolument universalistes. Un principe aujourd’hui jugé trop “occidentaliste” dans des continents comme l’Asie et l’Afrique, loin de faire l’unanimité en ce XXIe siècle.

(1) L’OIP (Observatoire International des Prisons) représenté par Maite Etcheverria, responsable Pays Basque

(2) Gilles Perrault, auteur de l’ouvrage Le pullover rouge (1978) qui prenait fait et cause contre la peine de mort et Notre ami le roi (1990) consacré au monarque absolu Hassan II (3) Après l’ombre, pièce mise en scène par Didier Ruiz. Documentaire de Stephane Mercurio, production Iskra.

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