14 juillet : 200 personnes marchent vers le Centre de rétention pour migrant.e.s d’Hendaye

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Plus de 200 personnes ont participé à la marche de solidarité avec les migrant.e.s organisée par Bizi! ces 13 et 14 juillet de Bayonne à Hendaye. Un bâton témoin transmis d’étape en étape contenait un message de Cédric Herrou, qui a été lu devant le Centre de rétention administrative d’Hendaye, dénonçant l’enfermement des innocents et le renoncement aux valeurs d’humanité et de fraternité. Les marcheurs.ses ont dénoncé le projet de loi Asile-Immigration débattu en ce moment au parlement. Bizi! continuera à cibler les Centres de rétention pour migrant.e.s, symboles d’une politique de répression et de détention, et appelle au contraire à renforcer ici et maintenant l’accueil et la solidarité des migrant.e.s. Ce même 14 juillet, répondant à l’appel lancé à Bayonne le 1er Mai dernier, des marches similaires ont eu lieu vers les Centres de rétention de Vincennes, Sète et Perpignan.

C’est Régine Béziat, présidente de la Ligue des Droits de l’Homme Pays Basque, qui a donné le top départ de la marche de solidarité avec les migrant.e.s organisée par l’association Bizi. Ce vendredi 13 juillet, elle a dénoncé le projet de loi Asile-Immigration devant de la maison natale de René Cassin, co-rédacteur de la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 : “Au prétexte de renforcer l’efficacité des mesures d’éloignement, le dernier projet de loi français développe à outrance les mesures de contrôle et de privation de liberté (systématisation de l’assignation à résidence, forte hausse de la durée de rétention) auxquels s’ajoutent le placement en rétention des personnes placées sous procédure de Dublin ». Puis, à 15H00, elle a été la première à porter le bâton témoin, qui devait être transmis 10 fois dans autant d’étapes reliant Bayonne au Centre de rétention pour migrants d’Hendaye.

Longeant le front de mer, empruntant des voies très fréquentées en ce week-end du 14 juillet, les marcheurs.ses ont croisé des milliers de personnes et reçu beaucoup d’encouragements et d’applaudissements solidaires. La marche s’est arrêtée le vendredi soir à Arbonne, le temps d’une soirée festive animée par le groupe Boujalal. Puis elle a repris la route le samedi matin, faisant une pause pour pique-niquer au port de Saint Jean de Luz. 33 personnes ont fait la marche dans sa totalité, soit 45 km en deux journées, et 186 autres personnes en ont fait une partie, soit un total de 219 marcheurs et marcheuses solidaires. Plus de 150 personnes ont fait la dernière étape de la marche à Hendaye.

Parmi elles et eux, le dessinateur Marko, le militant incarcéré en 2016 en Grèce pour son soutien au migrant.e.s Mikelon Zuluaga, les chanteur(ses)s Beñat Achiarry et Maialen Errotabehère, les militant.e.s solidarité migrants Alec Cadi, Juliette Bergouignan et Florence Warembourg, le musicien Beñat Elizondo, Gerar Karrere de SOSArrazakeria et l’écrivaine Marie Cosnay se sont à leur tour transmis le bâton témoin. Ce dernier contenait un message (*) écrit exprès pour cette marche par Cédric Herrou, paysan de la Vallée de la Roya, devenu symbole de la solidarité avec les migrants.e.s. L’écrivaine -et militante engagée notamment dans le soutien aux mineurs isolés étrangers- Marie Cosnay l’a lu à l’arrivée de la marche devant le Centre de rétention administrative d’Hendaye.

Malika Peyraut de Bizi a conclu la marche en dénonçant le coût humain terrible des politiques d’immigration actuelles en Europe et en France. Elle a rappelé  que « ces 4 dernières semaines, plus de 600 personnes, dont des bébés et de jeunes enfants, se sont noyées en Méditerranée d’après les chiffres de Médecins Sans Frontière. Et Macron, Collomb et leur loi Asile-Immigration voudraient rajouter encore plus de fermeté, de répression et d’inhumanité dans une telle situation ? ».

Toujours au nom de Bizi, Haize Mouesca a appelé à « plus que jamais à réaliser de tels rassemblements, marches, actions et Appels contre les Centres de rétention administratifs, véritables prisons pour innocent.e.s, symboles impitoyables de cette politique de répression, de détention et d’expulsion des migrantes et des migrants, politique que nous combattons totalement, et que l’Histoire jugera durement. (…) Contre ces politiques indignes et inhumaines, nous appelons à renforcer partout l’accueil et la solidarité concrète avec les migrantes et les migrantes. De l’hébergement au soutien matériel ou financier, en passant par l’accompagnement éducatif, administratif ou tout simplement humain, il y en a pour toutes les disponibilités et toutes les compétences. »

Ce même 14 juillet, répondant à l’appel de Bizi, trois autres marches ont eu lieu vers les Centres de rétention administrative de Vincennes, Sète et Perpignan.

Non aux prisons pour innocent.e.s ! Eux et elles, c’est nous !


(*) Centre de rétention administrative d’Hendaye, 14 juillet 2018 :

Administration, je te côtoie dans ma boite à lettres tous les matins,

Je lis ta froideur, je subis ta lourdeur.

Je me plains de toi ; toi si froide, si brutale.

Pour moi tu n’es qu’une boite de mauvaise augure.

Des gens sont passés chez moi plein de vie, de vigueur.

Des gens que tu identifies par des chiffres, des quotas.

Pour moi ce sont des gens qui sont passés chez moi.

Je leur dois l’hospitalité, car j’ai été éduqué comme ça.

Ces gens qui sont passés chez moi sont mes frères, mes sœurs, mes potes.

Et toi tu ne les considères que comme des quotas.

Ta froideur enferme ces hommes ces femmes ces enfants comme tu enferme ces lettres dans ma boite aux lettres. Tu t’es coupé de la réalité tu t’es coupé de l’humanité tu t’es coupé de la Fraternité.

Quand tu enferme mes potes mes amis ma famille tu m’enfermes moi aussi.

Tu ne peux pas me demander de rester silencieux, inerte

Mon silence me rendrait coupable et je ne serai pas coupable

Enfermez-moi, enfermez-nous car nous ne saurons vivre libres tant que des innocents sont en prison.

Enfermez moi, enfermez nous pour que notre devise arrache les barreaux des prisons, pour que nos principes fondamentaux prévalent sur la froideur de votre gestion.

Quand vous enfermez des victimes, vous enfermez notre devise.

Non nous n’avons pas peur du partage, ce qui nous fait peur c’est l’arrogance de votre institution.

Celui qui enferme un Homme enferme l’Humanité toute entière.

Vallée de la Roya, Cédric Herrou